Exposition

Cécile Bart - Suspens
FRAC Bourgogne

par Florian BOURGEOIS

Profitant de tout l’espace de la salle d’exposition du Frac Bourgogne, Cécile Bart y déploie une installation d’envergure où les immenses peintures/écrans semblent figés en plein envol, par on ne sait quelle magie.

© Cécile Bart

Communiqué de presse, par Claire Legrand, directrice adjointe et responsable du service des publics du FRAC Bourgogne :

« Pendant l’été, et jusqu’au 29 novembre, l’artiste Cécile Bart a répondu à l’invitation du Frac Bourgogne en investissant la salle dans son intégralité. Par la mise en place de peintures/écrans, qu’elle utilise depuis la fin des années 1980, elle invite le spectateur à vivre l’expérience du regard, non pas comme une chose détachée du monde, mais faisant pleinement corps avec lui. Intitulée Suspens, cette exposition explore plus particulièrement la sensation de poids et d’élévation, avec la dynamique propre au travail de Cécile Bart. L’espace, le corps, la lumière, la couleur jouent de leurs interactions et invitent le spectateur à vivre une expérience à la fois dense et légère, concentrée et joyeuse.

Pour son exposition au Frac Bourgogne, Cécile Bart met en scène des peintures/écrans dans l’espace, prolongement d’un propos engagé avec les expositions Habiter (à la Villa Arson à Nice en 1995) et Tanzen (à la Kunsthaus d’Aarau en 1998). Pour ces projets, qu’elle évoque à propos de celui de Dijon, les peintures étaient tour à tour décors, puis corps qui se déplacent, et les expositions des scènes construites par la présence des peintures, à laquelle venait se mêler celle des visiteurs. En effet, la peinture de Cécile Bart est un outil sensible pour explorer la réalité d’un lieu, et tout ce qui l’anime. Elle mène cette investigation par des associations de cadrages dans l’espace, qu’elle nomme les peintures/écrans. Il s’agit de châssis d’aluminium, de tailles variables, tendus de voile Plein Jour, peint à la main, de couleurs diverses. Le choix de ce support pour la peinture est essentiel. Il est peint, puis essuyé, autant de fois qu’il est nécessaire pour obtenir la densité de couleur attendue. Une fois tendu sur châssis puis placé dans l’espace, il reste translucide et peut être traversé par la lumière et le regard. Sa matérialité écarte d’emblée l’autonomie du tableau, car il est presque impossible de regarder la couleur seule. S’y projettent tous les événements qui entrent dans le cadre, d’autres châssis et d’autres couleurs par transparence, la présence du lieu, de la singularité de son architecture et de sa lumière, celle encore des autres visiteurs. Pour l’exposition à Dijon, Cécile Bart a travaillé la vision panoramique qu’offre la salle depuis l’entrée, ainsi que sa profondeur, en lien avec la lumière zénithale qui baigne le lieu. Ainsi le visiteur peut choisir de rester juste au bord, sans beaucoup de recul, comme aux premiers rangs d’une salle de spectacle ou de cinéma. Il peut regarder depuis cet extérieur proche ou entrer sur scène, se plonger dans l’œuvre. Dans les deux cas, il n’est pas statique, mais invité à se déplacer, et son regard joue avec les formes colorées en suspension dans l’espace. Ainsi « voir n’est plus une fonction passive de l’oeil qui enregistre fidèlement le réel, mais une activité productive qui s’inscrit dans la durée [1] ». Les formes en suspens, restent dans une certaine irrésolution, dans l’espace (tendre vers le sol ou s’élever), mais aussi dans le temps, à la manière d’une image arrêtée au cinéma, domaine cher à l’artiste. La perception suscitée par chaque peinture écran est nourrie et sans cesse transformée par l’ensemble de la disposition dans l’espace. En effet, les peintures/écrans s’inscrivent dans un lieu. Cécile Bart aime à faire référence à la mise en scène plutôt qu’à l’installation. Cette référence au spectacle vivant souligne le fait que l’œuvre n’existe réellement que dans l’expérience du visiteur, dans une réalité qui intègre la temporalité. « Le spectateur idéal serait celui qui prendrait du temps, trouverait son rythme. La perception de l’œuvre se modifierait au cour d’un déplacement “ longue durée ” avec des temps d’arrêt, des réajustements… C’est comme un repérage. On appréhende un lieu, on se disperse et puis on trouve [2] » Cécile Bart conçoit ses expositions par une organisation précise des peintures/écrans. Les collages préparatoires, et les maquettes, disent l’importance de ces combinaisons dans l’espace. Dans l’exposition elle-même, la matérialité du dispositif est assumée comme constitutive de l’œuvre. Elle permet de produire l’éclat, le jaillissement, l’énergie, la légèreté. Cette procédure concrète n’est pas pour autant autoritaire ou fermée. Car, d’une part l’œuvre ne prend pas tout l’espace, il y a des trous, des hors-champs. D’autre part, l’artiste la laisse ouverte à ce qui peut advenir, et ne cherche pas à anticiper tout ce qui viendra l’animer, en particulier la nature des déplacements du visiteur, les jeux infinis de la lumière. C’est pourquoi, les interventions de Cécile Bart inscrivent des questions propres à l’abstraction, d’organisation de formes colorées dans l’espace, dans le contexte d’aujourd’hui. En intégrant le corps du spectateur, la temporalité propre à ses déplacements, les modulations de la lumière du jour, les interactions multiples avec le lieu, Cécile Bart inscrit la peinture de plain pied dans le monde, ouverte à l’événement qui la traverse, sans l’y fixer. »

Catalogue > Cécile Bart, Plein jour, 2008 [3].

Le Frac Bourgogne reçoit le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication (Direction régionale des affaires culturelles de Bourgogne), du Conseil régional de Bourgogne, du Conseil général de la Côte-d’Or et du Rectorat de Bourgogne.

Plus d’info :
- Site du FRAC Bourgogne
- Site de Cécile Bart

P.-S.

- Exposition du 13 juin au 29 novembre 2009 ; entrée libre
- Vernissage le vendredi 12 juin 2009 à partir de 18h
- Visite accompagnée le samedi 20 juin 2009 à 15h ; entrée libre
- Ouvert du mardi au dimanche de 14h à 18h (de 13h à 17h à partir du 25 octobre)
- Frac Bourgogne, 49 rue de Longvic, 21000 Dijon (Bus Divia L5 arrêt A. de Musset ou L6 arrêt Le Nôtre)

Notes

[1Pascal Rousseau, « Optisserie », in Cécile Bart, Plein jour, Les presses du réel, Dijon, 2008, p.302.

[2Cécile Bart, Tanzen, Aargauer Kunsthaus Aarau, 1998, p.36.

[3- Textes : Christian Besson, Eric de Chassey, Julien Fronsacq, Dominique Païni, Pascal Rousseau
- Bilingue français / anglais
- 352 pages, 20,5 x 26 cm, ill. coul. et n. & bl.
- Édition : Les presses du réel, avec la participation du Frac Bourgogne, Dijon [FR], Musée des Beaux-Arts de Nantes [FR], Musée d’art moderne et contemporain (Mamco) de Genève [CH], École nationale supérieure d’art de Dijon [FR], les galeries Guy Ledune, Bruxelles [BE], Catherine Issert, Saint-Paul-de-Vence [FR], Georges Verney-Carron, Lyon [FR] et le concours du Ministère de la Culture et de la Communication, Centre national des arts plastiques.
- Diffusion envers les particuliers : Frac Bourgogne, Dijon [FR], www.frac-bourgogne.org
- Diffusion en librairie : Les presses du réel, Dijon [FR], www.lespressesdureel.com
- Prix : 30 €