Conférences - Histoire de l’art médiéval

Compte rendu des recherches d’Alessia Trivellone sur la Bible d’Étienne Harding

Association des amis de la bibliothèque municipale de Dijon - Centre régional du livre de Bourgogne

par Siloé PETILLAT

Dans le cadre de l’opération Patrimoine[s] écrit[s] en Bourgogne, l’association des Amis de la Bibliothèque accueille l’historienne Alessia Trivellone, chargée d’enseignement à l’université de Nice, qui œuvre également à Dijon, où elle poursuit ses travaux sur les enluminures cisterciennes dans l’équipe ARTeHIS. À partir de l’étude des miniatures de la Bible d’Étienne Harding (entre 1109 et 1111), l’un des trésors cisterciens conservé à la bibliothèque municipale de Dijon, on découvre la vie quotidienne au sein de la communauté de Cîteaux, marquée par le désir de retour à la règle bénédictine. Certaines enluminures illustrent par exemple le bon comportement des moines, en opposition à celui des mauvais moines.

Extrait de Alessia Trivellone , « La Bible d’Étienne Harding et les origines de Cîteaux : perspectives de recherche », Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre | BUCEMA n° 13, 2009 :

La Bible dite « d’Étienne Harding » (Dijon, BM, ms 12 à 15) est l’un des manuscrits médiévaux les plus connus des médiévistes. Aujourd’hui en quatre volumes, la Bible était formée au départ par deux tomes : le premier correspondait aux deux premiers volumes actuels (cotes 12 et 13) et le deuxième regroupait les troisième et quatrième volumes d’aujourd’hui (cotes 14 et 15). Le premier tome originel se termine par un Monitum (ms 13, fol. 150), à savoir un « avertissement » dans lequel Étienne Harding, d’origine anglaise, abbé de Cîteaux entre 1108 et 1133 († 1134), explique quelques circonstances liées à la réalisation du manuscrit. Le Monitum étant daté de 1109, on peut conclure qu’à cette date le premier volume de la Bible était terminé. Le deuxième volume, en revanche, a été complété, au plus tard, deux ans après. Le scribe qui l’a copié est en effet le même que celui du premier volume du manuscrit des Moralia in Job (Dijon, ms 168 à 170 et ms 173), qu’un colophon permet de dater de 1111. Par sa datation entre 1109 et 1111, la Bible est ainsi l’un des premiers témoignages, sinon le tout premier produit, du scriptorium de l’abbaye de Cîteaux.

Bible d'Étienne Harding

[...] Certains aspects de la réalisation de la Bible d’Étienne Harding répondent également à un désir de refondation et de retour aux origines. Tout d’abord, remarquons que la Bible, qui n’est pas un livre ordinaire, mais le livre fondamental du christianisme, est, à l’époque, l’un des premiers textes que les communautés monastiques de récente fondation se doivent de posséder. Cette nécessité répondait certes à des raisons pratiques, car la Bible avait une large place dans la liturgie monastique et était lue, dans les monastères, à différents moments de la journée : dans la Bible d’Étienne Harding même, une note marginale du XIIe siècle, au fol. 166v du ms 14 (Hic incipe legere ad mensam), indique que le passage voisin (Tb 3, 16 et suiv.) était lu pendant les repas. L’effort souvent fait pour la réalisation et la décoration des manuscrits contenant l’Écriture témoigne toutefois également de l’importance symbolique de ces manuscrits. La réalisation de la Bible d’Étienne Harding, manuscrit enrichi de nombreuses miniatures, est d’autant plus étonnante qu’elle se fait dans les premiers temps de la vie de l’abbaye, dans une période peu fleurissante du point de vue économique. Cette Bible naît donc lors des premières années de vie de Cîteaux et sa réalisation inaugure, très probablement, l’activité du scriptorium. Des éléments soulignent davantage le désir de refondation lié à la réalisation de ce manuscrit. Étienne Harding nous explique, en effet, dans son Monitum, qu’après avoir entrepris la copie de la Bible, il s’est consacré à une révision de son texte : ayant constaté de nombreuses discordances dans les copies disponibles, il se proposait de revenir à la version textuelle la plus proche de la Vulgate de Jérôme. Il déclare ensuite avoir accompli cette tâche en recourant à une comparaison avec le texte hébraïque, faite grâce à des juifs « expérimentés dans leur langue et dans leurs écritures ». Ce travail de révision du texte biblique s’accorde à ce désir général de « retour à la pureté des origines » qui anime l’expérience des premiers cisterciens et, qui, depuis quelques décennies, inspirait plus largement la hiérarchie ecclésiastique engagée dans la réforme ecclésiastique.

Plus d’info : site du Centre régional du livre de Bourgogne


- Conférence le jeudi 23 juin 2011 à 17h30 ; entrée libre
- Salle de l’Académie des sciences, arts et belles lettres de Dijon (Cour d’honneur de la Bibliothèque municipale, entrée porte H), 5 rue de l’École-de-Droit 21000 Dijon (bus Divia L5 ou L6 arrêt Bibliothèque ou Théâtre)

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