Evènement - Montigny-sur-Vingeanne (21)

Des samedis Art rien faire / Paris sur Vingeanne
ArtBFC

par Florian BOURGEOIS

ArtBFC poursuit ses ambitions de diversité et de complémentarité dans les médiums et les approches à travers Des samedis Art rien faire / Paris sur Vingeanne. Cet évènement entremêle art plastique, musique, danse, cinéma et performance.

L’ambition est de faire découvrir un large éventail de pratiques contemporaines ; et contrairement à l’amateurisme flagrant que l’on rencontre généralement dans ce genre d’évènement, les artistes sont ici de très haut niveau.

Des samedis Art rien faire / Paris sur Vingeanne ; carton, 2010

Extrait du communiqué de presse :

Les artistes / arts plastiques

Jean-Michel Alberola

Jean-Michel Alberola, La question du pouvoir est la seule réponse - 2009 - lithographie - coll privée

Peintre associé à la Figuration libre, Jean-Michel Alberola interroge l’idée « de la fin de la peinture » chère au XXème siècle, au travers de toiles et d’œuvres peintes à-même le mur. En effet, dans les années 80, Jean-Michel Alberola était préoccupé, comme d’autres peintres de sa génération, par le devenir de la peinture et la pertinence de sa pratique. Pour Jean-Michel Alberola, la seule façon de rendre une pratique picturale pertinente aujourd’hui est de la remettre dans les choses du monde. Alberola poursuit une perspective essentielle de son travail : engager sa peinture dans un rapport dialectique au réel, inscrire sa pratique dans le devenir de l’histoire. Alors l’image cesse d’être immédiatement lisible en s’ouvrant à l’opacité du monde. Peintre avant tout, il utilise pourtant de multiples médium dans ses œuvres (photographies, cartes postales, objets trouvés, films et textes) à la recherche d’un lien entre la peinture, l’écriture et la parole. Le dessin occupe une place très importante parmi les nombreux moyens d’expression qu’affectionne Jean-Michel Alberola. Les sculptures en néon de Jean-Michel Alberola, dessinant des paroles ambiguës, entre prophétie provocatrice, slogan politique et jeu de mot interrogent la valeur du slogan, du mot d’ordre à l’origine de la création. Les œuvres en néon mêlent réflexion politique et artistique et questionnent le spectateur sur sa relation à l’œuvre d’art et sa commercialisation. La présence dans le travail de l’artiste d’œuvres aussi différentes que des néons, des dessins, des gouaches, des peintures, manifeste la volonté de Jean-Michel Alberola d’être un artiste imprévisible proche de l’esprit de continuation et de remise en cause propre à l’art de la fin du XX° siècle. (Musée d’Art Moderne de Saint-Étienne)

Le travail de Jean-Michel Alberola sera présenté par Alexandre Rolla, historien et critique d’art, commissaire d’expositions, enseignant à l’École supérieure des Beaux-arts de Cherbourg- Octeville et à l’Université de Franche-Comté.

Dein Klub

Tournage de WOTERWOERLD - © Dein Klub Dans un registre apparemment plus parodique, le collectif Dein Klub réalise depuis cinq ans une adaptation génialement bricolée du «  Waterworld » de Kevin Costner dans leur lieu de vie. Pour ce faire, ils proposent chaque semaine de les rejoindre pour tourner certaines scènes. S’attaquer à ce film précis est en soi un positionnement artistique, voire une démarche d’ordre performatif : Waterworld est à l’époque où il sort, emblématique d’une surenchère technique et financière d’Hollywood. A l’époque, il est le film le plus cher jamais réalisé, un record justifié par une volonté de porter un message écologique au plus grand nombre. De fait, le résultat proposé par Dein Klub n’est finalement pas très parodique, mais constitue bien plus un double instable, un passionnant décalque du film original. Réalisé avec le même sérieux et la même détermination que le film de Costner, et recourant comme dans l’original à une grande ingéniosité pour résoudre des problèmes ardus de cadrage, le résultat apparaît finalement ni plus ni moins réussi que la version américaine. Et là précisément réside la démonstration de Dein Klub : leurs scènes ennuyeuses le sont certainement autant que dans l’original, leurs scènes d’action aussi fortes, leur scènes romantiques aussi touchantes. La différence ? Environ 200 millions de dollars. Ce faisant, le collectif allemand oppose au relatif échec commercial du projet original la démonstration d’une véritable écologie de travail en actes, qui déborde Costner sur ses propres ambitions politiques.

Rodolphe Huguet

Mask 2 - bronze - © Rodolphe Huguet Rodolphe Huguet propose un travail artistique qui mêle douceur et violence dans une sorte d’exploration autour des limites réelles et métaphoriques des matériaux. Par le détour d’une douce dérision dans laquelle il lui arrive de se mettre en scène, il souligne nos croyances et nos repères socioculturels qui structurent la représentation et la transformation du réel. A l’écoute des fines expressions des matériaux traditionnels comme des techniques les plus contemporaines, il développe une pratique décalée dans laquelle l’humour n’exclut pas la violence, le soin du détail coïncide avec la déraison la plus affirmée. En effet, ses œuvres sont empreintes d’un certain activisme visant les procédés marchands par lesquels la représentation du réel sert une identité territoriale. Alors il endosse le rôle et s’habille du costume culturel des sociétés occidentales pour nous amener à la caricature acerbe de nos propres repères. En se confrontant à des projets qui dépassent tout sens de la mesure, il trouve le moyen de construire un monde imaginaire qui rappelle à la fois les aventures d’un Jules Verne avec l’obsession critique d’un Thomas Bernhard. On ne sait plus où commence le jeu métaphorique et où s’impose encore la violence du réel. Au Québec, Rodolphe Huguet a édité et distribué un magazine d’annonces proposant d’acquérir avec le sérieux pléthorique du discours commercial des icebergs du Saint Laurent. En Inde, il a demandé à des peintres d’affiches de cinéma de le mettre en scène dans le costume d’un père Noël aux dix bras de Siva puis s’est filmé dans un ballet improvisé en pleine rue debout sur le porte-bagages d’un cycliste. Si parfois l’ironie semble dominer son œuvre, elle est toujours généreuse. Ses gageures sont toujours sincères et motivées par l’honnête intention de jouer avec le public comme avec ses complices. (Jérôme Diacre)

Rémi Tamain

Bouteille de gaz - © Remi Tamain Rémi Tamain appartient à cette génération d’artistes qui s’amusent des échos référentiels de l’histoire de l’art et des œuvres promues au rang d’icône et reconnaissables par tous. Depuis des situations décalées liées à sa propre origine et condition sociale, Rémi Tamain élabore un ensemble d’objets, de photographies, de sculptures, et constitue à chaque production, un élément supplémentaire de son vocabulaire et d’une syntaxe personnelle. C’est ce frottement des origines avec sa pratique artistique qui constitue à cet instant la source de son imaginaire et produit un sourire, un rire débarrassé de sa graisse. L"aspect a priori ludo-éducatif des travaux de Rémi Tamain recèle parfois un regard chargé d’une humeur noire et d’une nostalgie poétique, mais dont la politesse de l’humour esquive le pathos. Langueur dont certains pairs contemporains de Rémi Tamain forment un ensemble, d’Erwin Wurm à Philippe Ramette ou plus anciens, comme Buster Keaton et Jacques Tati. Il y a donc chez Rémi Tamain une phénoménologie du contreplaqué, matériau qui à l’instant de ses lignes apparaît comme une structure manufacturée exsangue de nodosités, et récurrent pour la réalisation de ses travaux de sculptures. Toutefois, il semble que le narratif ne soit pas absent de son œuvre. Ainsi, les titres qu’il indique pour ses pièces proposent une sorte de conte par le biais de cadavres exquis que construit le regardeur. (Gilles Forest, directeur du CAC de Caen)

Remi Uchéda

Remi Uchéda - Performance à la Galerie de Noisy-le Sec. Colonnes d'adhérence. Rémi Uchéda cherche à créer une grammaire formelle qui soit en rapport avec des formes de vie, des comportements, des allures, des positions… L’acte de création s’inscrit dans une attitude gestaltiste, le geste est saisi comme pratique problématique de la relation à l’espace. Toute ironique et disparate qu’elle puisse paraître, l’intentionnalité artistique interroge la perception, les notions de relativité spatiale, le poids des corps, notre gesticulation vitale." Chantal Vey La première fois qu’il a recouvert de scotch double-face un objet, ça a été un bureau pour faciliter les démarches d’adhésion au bureau d’adhérence. Non par amour de la tautologie mais pour savoir : comment revenir à la position initiale ? Comment la structure s’adapte quand on la colle ? Comment notre charpente osseuse se découple avec plus ou moins de souplesse de l’engluement ? L’intérêt de l’exercice réside aussi dans le champ lexical qu’il déploie : adhérence, maintien, structure, tenue, posture, appui… chargez ces mots dans votre mémoire vive et mettez en place les éléments nécessaires pour un jeu de culbuto cérébral entre vos deux lobes frontaux. Tout ce dont nous parle Rémi Uchéda peut se transposer, dans un basculement matériel/irréel, de la danse vers le formatage social. (Hugues Jacquet)

Les artistes / arts vivants

Joëlle Léandre, Contrebasse

© dariovilla.netJoëlle Léandre, contrebassiste, improvisatrice et compositrice française, est une des figures dominantes de la nouvelle musique européenne. Formée à la musique d’orchestre et à la musique contemporaine, elle a joué avec l’Itinéraire, 2e2m et l’Ensemble Intercontemporain de Pierre Boulez. Joëlle Léandre a aussi travaillé avec Merce Cunningham et John Cage ; ce dernier, avec Scelsi, Fénelon, Hersant, Lacy, Campana, Jolas, Clémenti et une quarantaine d’autres compositeurs ont écrit spécialement pour elle. Outre la musique contemporaine, Léandre a travaillé avec les grands noms du jazz et de l’improvisation, Derek Bailey, Antony Braxton, George Lewis, Evan Parker, Irène Schweizer, Barre Phillips, Pascal Contet , Steve Lacy, Raymond Boni, Lauren Newton, Daunik Lazro, Fred Frith, Peter Kowald, Urs Leimgruber, Mat Maneri, Roy Campbell, Mark Nauseef, Marilyn Crispell, India Cooke, Jean-Luc Cappozzo, John Zorn et tant d’autres… Elle a beaucoup écrit pour la danse, le film, le théâtre, et réalisé plusieurs performances multidisciplinaires. Elle reçoit la DAAD à Berlin en 1994, et est accueillie en résidence à la Villa Kujiyama (Kyoto). En 2002, 2004 et 2006 elle occupe la Chaire Darius Milhaud, pour la composition et l’improvisation, comme Visiting Professor au Mills College à Oakland (Californie). Ses activités de créatrice et d’interprète, tant en solo qu’en ensemble, l’ont conduite sur les plus prestigieuses scènes européennes, américaines et asiatiques. De 1981 à 2009, Joëlle Léandre a enregistré près de 150 disques.

Sébastien Bacquias, contrebasse

Sébastien BacquiasSébastien Bacquias a commencé dans la musique par le rock avec Nicolas Thirion (actuel directeur de Why Note). Il s’est ensuite consacré à la contrebasse classique, pour travailler le son acoustique et s’ouvrir à d’autres perspectives. Il a beaucoup joué dans des bars et continue la pratique du jazz dans plusieurs formations en cherchant à s’adresser au public le plus large. Il participe au groupe Projet Vertigo, d’inspiration rock, qui explore une matière sonore électroacoustique tout en créant des chansons qui s’inspirent du blues, de la folk, du rock’n roll, des ballades. Cela l’amène à créer des paysages sonores simples pour donner la primauté au texte, mais de manière plus ouverte que la chanson française. Sébastien Bacquias s’intéresse en outre aux musiques actuelles, qui associent des modes d’expression plus modernes : loop box, vidéo, samples, laptop, écriture en temps réel... et participe aussi à des festivals de slam ou de hip hop avec Disiz La Peste. Il s’est produit dans des contextes très différents : musiques contemporaines, jazz, rock, festival littéraire, ou des lieux atypiques tels qu’une salle de boxe. Il voue une grande admiration à Joëlle Léandre et il lui rendra hommage lors du concert de Fontaine-Française. (D’après un entretien avec Armel Bloch)

Ousseni Sako, danse

Ousseni Sako - Sindi, shut up... © Nestor Da« Sindi signifie porteur de vie. C’est un témoignage que je donne en me laissant guider par la justesse des mouvements qui coulent dans mon sang rouge de vie, qui se répand aux quatre vents. L’air, la terre, l’eau et le feu, les quatre éléments naturels, sont mes muses. L’air à travers le didjeridoo ; l’eau à travers les tambours d’eau ; le feu à travers l’impulsion tantôt contrôlée, tantôt explosive qui met mon corps en mouvement et la terre, ce sol qui me porte, qui nous porte. Avec mon corps, je ne forme qu’un seul et unique être et ce corps je l’ouvre aux autres, je le livre au regard des autres, sans avoir peur de ce qu’ils vont y découvrir. Ce solo est né de mon envie d’avoir une certaine relation d’intimité avec le sol, la terre témoin de notre histoire et cette intimité est renforcée par les musiciens, mes autres moi et ensemble, en des langages divers, nous ressentons, nous vivons et nous exprimons la même chose. » Ousseni Sako Dans ce solo, le danseur évolue accompagné par le didjeridoo, la guitare et le tambour d’eau. Chaque instrument joue son rôle en accompagnant le danseur. Ainsi de façon très intime, le rythme du tambour d’eau donne au danseur la sensation d’être transparent, d’avoir le pouvoir d’entrer en communion avec les ancêtres. A travers la terre, ils lui transmettent le message qu’à son tour il passera aux vivants. Sindi, shut up est une confrontation intérieure, un retour au sol, une recherche de traces. (D’après Esther Ouoba)

Programme

samedi 25 Septembre

Impasse du Château, Montigny-sur-Vingeanne

- 17h : Présentation des œuvres de Jean-Michel Alberola par Alexandre Rolla ; Durée 45’
- 18h30 : Vernissage

samedi 9 Octobre

Église de Fontaine-Française

- 20h : Concert de la contrebassiste Joëlle Léandre, 1ère partie par le contrebassiste Sébastien Bacquias ; Musique improvisée et contemporaine (Scelsi/Cage/Léandre/Bacquias), Durée : 1h40

samedi 16 Octobre

Impasse du Château, Montigny-sur-Vingeanne

- Après-midi et soir : Suite du tournage de WOTØRWOERLD. Peter Haury et Jens Hermann du collectif de Stuttgart Dein Klub tourneront de nouvelles scènes de leur film. Toutes les personnes intéressées peuvent participer comme acteur. Les demandes sont à adresser à ArtBFC.

samedi 23 Octobre

Salle polyvalente de Fontaine-Française

- 16h30 : Spectacle contemporain du danseur africain Ousseni Sako (Burkina-Faso) Sindy, shut up ; Durée : 30’

Impasse du Château, Montigny-sur-Vingeanne

- 18h : Performance du plasticien Rémi Uchéda, avec la participation de danseurs ; Durée : 30’

Plus d’info : Site de artBFC

P.-S.

- Exposition du 25 septembre au 24 octobre 2010
- Vernissage le samedi 25 septembre à 18h30
- Tarifs : Spectacles à Fontaine-Française 5,5€ / moins de 12ans : gratuit / Performance et entrée de l’exposition : gratuit. Initiation à la musique contemporaine : 4€ par séance, 10€ les 3, gratuit adhérents.
- Contact et Informations : ArtBFC - 06.33.10.98.41 - art.bfc@wanadoo.fr