Exposition - Besançon (25)

Dominique De Beir
Galerie Jean Greset - Centre d’Art Mobile

par Siloé PETILLAT

La Galerie Jean Greset accueille une exposition monographique de l’artiste perforante Dominique De Beir. En parallèle, une autre exposition de la même artiste est organisée à la Galerie du Théâtre Granit à Belfort (du 16 mars au 28 avril 2012).

Communiqué de presse :

« Les choses que je fais en ce moment ne trouvent pas une nomination précise, mais je peux au moins dire qu’elles ressemblent à des éléments de construction. Ce sont des plans d’épaisseur variable que je déplie et que j’agence, en quelque sorte une logique de l’épuisement et de la soustraction, trouver une organisation à un ordre qui se serait perdu.
En regardant cet amas de cartons éventrés, de polystyrènes striés, comment ne pas avouer que je dois beaucoup au trou et à l’acte de percer. Un événement personnel me conduisant à l’apprentissage de l’écriture braille a été déclencheur de ce processus qui se développe toujours aujourd’hui.
Plus qu’un geste opérant une blessure, cette attaque radicale correspond d’abord à un exutoire calmant, une litanie agitée.Trouer signifie avant tout regarder autrement, agir dans les strates et les sensations de la profondeur. Réalisées de manière pulsionnelle, ces actions "appel d’air" envahissent et creusent la surface de manière éclatée, la matière se déplace et rend visible des effleurements, des grouillements, des absences. Parfois, ce sont des zones de chocs et parfois des cimetières de microbes. Les marques portées sur ces surfaces sont la représentation de mes outils en action qu’impliquent pour chacun une mise en œuvre particulière.
Ce sont les phénomènes d’apparition qui me préoccupent plus que le matériau lui - même. L’ensemble garde obstinément un aspect dépouillé, simple, une forme de post minimalisme romantique.
Ma lutte avec l’image reste constante, elle n’a de réelle incarnation qu’en chute libre. La couleur arrive elle aussi comme une adversité. Jusqu’à présent, elle s’introduisait par effraction dans les matériaux, un carbone bleu-nuit, un polystyrène saumoné, un aluminium brillant, un papier jauni par la cire d’abeille. Aujourd’hui, je l’affronte de plein fouet, je l’utilise comme un habillage du support, une strate supplémentaire à éplucher. Bridget Riley, Mary Heilmann, les paysages du hâble d’Ault ne sont pas pour rien dans cette aventure... »
Dominique De Beir

Dominique De Beir est née en septembre 1964, travaille à Paris et en Picardie.

Depuis plusieurs années Dominique De Beir a engagé un travail dont les axes sont à la fois de l’ordre du pictural, du volume et pose la question du processus de réalisation. Le trait récurrent de son travail est la mise en abyme d’un geste répétitif de perforation : Dominique De Beir perfore et creuse toutes sortes de surfaces « pauvres » (papiers, cartons, polystyrène...) à l’aide d’instruments pointus – poinçons, stylets, scalpels, échelles à pointes, chaussures cloutées... – à l’origine empruntés à différents secteurs d’activité, mais aujourd’hui conçus et réalisés par l’artiste en collaboration avec des artisans. Bousculant le vocabulaire de la peinture (support, matière, couleur) par l’aléatoire du geste et de la trace, elle cherche à se concentrer sur des notions d’inscription et de marquage, entre surface et profondeur, dont elle explore l’impact physique, la densité, le rythme. Usant de la perforation parfois jusqu’à la limite de la résistance du matériau, elle joue sur une ambiguïté inhérente à son geste entre composition et destruction, opacité et transparence, stabilité et fragilité. Le relief des perforations pourrait s’apparenter à une sorte d’écriture braille, offerte au toucher autant qu’au regard : « De façon imprévisible, la découverte du braille m’a poussé à développer des expériences basées davantage sur les perceptions tactiles et haptiques que purement optiques, la relation au toucher est devenue essentielle, le corps, la main, ont pris le pas sur l’œil impuissant à voir et à lire ».

Même si aujourd’hui le travail de Dominique De Beir n’est plus véritablement lié à une sorte d’écriture improbable, travailler “à l’aveugle” est devenu une manière de faire incontournable. « Les perforations déployées avec frénésie sont une volonté de désarticuler le réel, de le dupliquer et d’essayer de jouer avec son envers. Les cahiers, les feuilles, les caisses en carton deviennent des éléments démultipliables et réversibles. » Pour Dominique De Beir, le sens de l’œuvre tient plus d’un processus que d’une représentation déterminée. Créer est assimilé à une performance qui a lieu dans la solitude de l’atelier mais dont l’œuvre arrive comme la proposition d’une expérience à revivre. Dans ses dernières peintures « Zone », le spectateur est confronté à une forme d’aveuglement, à un on n’y voit rien ou j’aperçois quelque chose. Les surfaces peintes dans des tonalités de gris et de bleus argents, striées de manière répétitives, puis creusées de petites brûlures arrivent comme une butée pour l’œil. Ces plans écrans sont comme des réceptacles captant l’environnement extérieur, un réel fait d’ombres et de flous, d’éblouissements et de scintillements. C’est dans ces oppositions, dans ces contraires et ses antagonismes « ... la violence, de son action, qui parfois blesse son corps armé d’outils qui attaque les supports posées au sol, et la légèreté – du résultat, d’une grande délicatesse ; du dehors et du dedans, du visible et du caché, de ce qui a existé et de ce que l’on devine, du masculin et du féminin... » que se révèlent peu à peu toutes les subtilités du travail de Dominique De Beir.

Plus d’info :
- site de la galerie Jean Greset
- site du Centre d’Art Mobile
- site de Dominique De Beir

P.-S.

- Exposition du 15 mars au 14 avril 2012 ; entrée libre
- Vernissage en présence de l’artiste le jeudi 15 mars 2012 à partir de 16h
- Ouvert du mardi au samedi de 10h à 12h et de 14h à 19h
- Galerie Jean Greset, 7 rue Rivotte 25000 Besançon