Exposition

Entropie. L’ordre caché, saison 2
Frac Bourgogne

par Siloé PETILLAT

Les collaborations se multiplient entre les Fonds régionaux d’art contemporain de Bourgogne et de Franche-Comté. Alors qu’on peut visiter à Besançon une exposition personnelle de Bertrand Lavier regroupant des œuvres des deux institutions, le Frac Bourgogne propose une exposition collective qui fait elle aussi dialoguer les deux collections autour de la notion d’entropie, avec également des œuvres du CNAP, du Consortium et du musée des Beaux-arts de Dole.

Communiqué de presse :

Avec des œuvres de Martin Boyce, Edith Dekyndt, Gloria Friedmann, Joan Fontcuberta, Geert Goiris, Tetsumi Kudo, Matthew McCaslin, Laure Prouvost, Kelley Walker et Meg Webster, appartenant notamment aux collections des FRAC Bourgogne et Franche-Comté, du Centre national des arts plastiques, du Consortium et du musée des beaux-arts de Dole.

Gloria Friedmann, Hautes herbes agitées par le vent, 1983, tuyaux plastiques, 100 x 130 cm, collection FRAC Bourgogne

« La première saison du cycle « L’Ordre caché » était une proposition de lecture d’une collection bourguignonne marquée par sa qualité, sa diversité esthétique et la multiplicité des médiums qui y sont représentés. La seconde saison, plus entropique, offre à quelques semaines de la fusion des régions Bourgogne et Franche-Comté la découverte d’atmosphères associant des œuvres issues des collections publiques bourguignonnes et franc-comtoises.

Le cycle « L’Ordre caché » propose une forme d’interprétation et d’investigation dans ces collections, en essayant de mettre en intelligence les œuvres et de les donner à voir et à comprendre grâce à l’expérience sensible de l’exposition. À la dimension anthropologique du rapport aux œuvres et au voir, vient s’ajouter dans le cadre précis de cette exposition une dimension « entropologique ».

Ce cycle d’expositions emprunte pour partie son titre à un ouvrage d’Anton Ehrenzweig, écrit en anglais et publié de façon posthume en 1967, sous le titre The Hidden Order Of Art. Dans ce texte, l’auteur invite à s’aventurer « par-delà la représentation » pour différencier dans les œuvres d’art, un ordre de surface et un ordre caché. Ehrenzweig interroge la complexité de la perception d’une œuvre d’art, à laquelle deux types d’attention doivent être portées ; la perception consciente et la perception indifférenciée. La perception des œuvres se trouve au cœur de leur processus de création et de réception. L’art est pour Ehrenzweig une expérience à vivre.

Geert Goiris, Pools at dawn, 1999, tirage lambda, 100 x 130 cm, Collection FRAC Bourgogne

Dans The Hidden Order Of Art, Anton Ehrenzweig propose également le concept de dé-différenciation ; à la lecture de cet ouvrage, Robert Smithson orienta ses recherches vers cette dé-différenciation, qu’il nommera « entropie ».

Cette seconde exposition du cycle « L’Ordre caché » se nourrit de cette notion et des réflexions théoriques de Smithson. Cette transformation progressive des structures, irréversible, est au premier rang de ses préoccupations. L’idée de l’effondrement croissant des structures, Smithson la trouve également chez Claude Lévy-Strauss, qui a expliqué que « plus une structure donnée est élaborée, plus elle sera marquée par la désintégration. (…) Plus l’organisation culturelle d’une société est complexe, plus la quantité d’entropie produite est importante ». Dans ce désordre entropique, Smithson entrevoit la possibilité de constitution d’un processus esthétique et d’une ouverture sans limite du champ des techniques artistiques.

Inspirée de cette réflexion sur la substructure de l’art et sur l’entropie structurelle de nos sociétés et de la Terre, l’exposition présentée aux Bains du Nord invite à comprendre la complexité de l’art et de la création plastique en donnant à voir des œuvres partageant l’idée de l’entropie de la technique et soulignant, comme l’écrit Smithson, l’existence d’un « climat de la vue ».

C’est aux premières impressions et à la rencontre avec dix-huit œuvres de dix artistes, dont certaines sont des premières entrées en collection publique française, que le spectateur est convié. « Le spectateur est soumis à une climatologie du cerveau et de l’œil » et confronté à des médiums extrêmement différents (dessin, photographie, sculpture, vidéo et installation).

Tetsumi Kudo, Souvenir-larme, 1967, assemblage (cage, éléments divers, plastique, fer), 25 x 28,5 x 15,6 cm Collection musée des beaux-arts de Dole, transfert de propriété du FNAC en 2007

L’exposition présente dans les salles des Bains du Nord différentes atmosphères, différentes expériences dans un parcours libre fait de ruptures. Certaines œuvres créent un lien d’une salle à une autre, d’une atmosphère à une autre, tandis que l’œuvre de Laure Prouvost fait le lien avec la première exposition du cycle. La black box où se joue cette œuvre plonge le visiteur dans un étrange théâtre de l’objet et une forme de narration particulière. L’espace sculptural des différentes salles propose une autre géographie, comme avec les œuvres de Martin Boyce, qui suggèrent une narration dans un espace délaissé composé d’objets identifiables dans leur fonction. Les œuvres de Gloria Friedmann évoquent la nature et son mouvement entropique, celles de Meg Webster explorent la relation complexe existant entre la nature, la technologie et l’art en produisant à partir de formes géométriques simples des métaphores de l’équilibre écologique fragile de la planète. Avec I See Sunny, Kelley Walker présente un miroir jaune et orangé dont la forme rappelle celle d’un test de Rorschach et dont le miroitement vient modifier, altérer notre perception de l’espace. L’œuvre reflète son espace d’exposition et se reflète elle-même. La « nouvelle écologie » de Tetsumi Kudo présente la survie humaine par une métamorphose organique, une réponse aux agressions subies par une union de l’homme et de la technologie. L’installation composite d’Edith Dekyndt, « L’Ennemi du peintre », explore le son et les vibrations de la nature et témoigne de la volonté de l’artiste de laisser l’œuvre se révéler au spectateur attentif.

L’entropie est rendue visible dans les œuvres ici exposées ; cette entropie, dont, à l’ère de l’anthropocène, la crise de l’énergie et du climat est une forme. »

A. Handa-Gagnard

Kelley Walker, I see sunny, 2003, miroir acrylique, 4 panneaux de 152,4 x 152,4 cm - collection FRAC Franche-Comté

Cette exposition est présentée en écho à la tenue du spectacle GAÏA GLOBAL CIRCUS et à la conférence de Bruno Latour sur le thème de Gaïa dans le cadre de la COP 21, 21e Conférence des Nations unies sur les changements climatiques.

Plus d’info : site du Frac Bourgogne

P.-S.

- Exposition du 31 octobre 2015 au 3 avril 2016 ; entrée libre
- Vernissage le vendredi 30 octobre 2015 à 18h
- Ouvert le mercredi, le jeudi et le dimanche de 14h30 à 18h, le vendredi de 14h30 à 19h et le samedi de 11h à 18h ; fermé les jours fériés et du 24 décembre 2015 au 3 janvier 2016
- Les Bains du Nord, 16 rue Quentin 21000 Dijon (tram T1 ou T2 arrêt Godrans)