Exposition - Dole (21)

Étienne Bossut - REMAKE
Musée des Beaux-Arts de Dole - Frac Franche-Comté - Frac PACA

par Siloé PETILLAT

Le Musée des Beaux-Arts de Dole organise régulièrement des dialogues entre patrimoine et art contemporain. Né en 1946 à Saint-Chamond et aujourd’hui installé à Rennes, Étienne Bossut revient à Dole, où il a vécu et produit ses œuvres pendant 18 ans, à l’occasion d’une exposition personnelle qui investit tous les espaces du musée, du sous-sol au plafond, en passant par le jardin. Parallèlement, deux oeuvres de l’artistes sont exposées au Frac Franche-Comté, à Besançon (jusqu’au 20 mai). Un catalogue à paraître complètera le tout.

Communiqué de presse :

« J’ai rencontré Etienne Bossut en 2008. Noëlle Chabert et moi-même avions invité Etienne à investir le musée Rodin en regard d’une exposition consacrée à la passion commune de Rodin et de Freud pour l’antique et le fragment. Ensemble, nous avions choisi ses trois Laocoon(s), qui déclinaient, avec l’humour qui caractérise le travail d’Etienne, une réinvention possible d’un des modèles de la sculpture, le groupe antique du Laocoon qui se trouve au musée du Vatican, à Rome. Sculpteur, Etienne Bossut l’est pleinement, et si son œuvre - plastique, colorée, quotidienne dans ses sujets - appartient à notre époque, son utilisation du moulage l’ancre clairement dans une pratique ancestrale de la sculpture. Car depuis quarante ans, Etienne Bossut moule des objets ordinaires en résine teintée : bidons, fauteuils, chaises, poêles à frire, skis de fond, douilles d’obus, cabane de chantier, voitures ou matelas pneumatiques, mais aussi défenses d’éléphant ou bittes d’amarrage, tout peut devenir prétexte à œuvre d’art.
L’objet le plus banal, par le biais du geste de l’artiste, se voit redoublé par son empreinte. Cette « ressemblance par contact » [1] ouvre des connivences à la fois vers l’inframince duchampien et vers la métaphore photographique tandis que le geste et ses traces, laissées souvent apparentes sur l’objet final, ramènent les questions de l’original et du bricolage dans un processus de production en série.
Etienne Bossut fabrique une empreinte du réel, mais déplacée, par les couleurs, les assemblages, les jeux de mots, les titres, les références que l’artiste emprunte dans l’art classique comme dans la culture populaire.

Vue de l'exposition "Etienne Bossut - Oeuvres des années 70-80"

À l’époque de notre rencontre, Etienne habitait à Dole, dans le Jura. Dix ans après, lui devenu breton et moi doloise, le voilà de retour dans la ville où il a vécu et produit ses œuvres pendant presque vingt ans, pour investir les espaces du musée des Beaux-Arts de Dole, qui lui ouvre aujourd’hui largement ses portes, le plus généreusement possible.
L’exposition, qui se veut rétrospective, présentera des pièces anciennes appartenant à des collections publiques et privées ainsi que d’autres plus récentes, montrant ainsi la cohérence et la richesse du travail mené par l’artiste depuis quarante ans. Le parcours, volontairement non chronologique, répondra à une logique spatiale, l’artiste faisant jouer ses œuvres avec les espaces qui lui sont proposés comme terrain de jeu.
Ceux du musée de Dole sont singuliers : le musée étant installé dans un ancien pavillon d’officiers datant du XVIIIe siècle, il garde de son ancienne destination une échelle presque « domestique », avec ses longs couloirs et ses salles compartimentées comme des chambres ou de petits appartements. À l’intérieur de ce musée-maison, les œuvres d’Etienne Bossut ne vont cesser de déplacer la question de l’objet vers celle de l’image et vice-versa. Ainsi, nous présenterons la toute première œuvre de l’artiste, Mon Fauteuil, moulage daté de 1976, qui vaut à la fois comme geste inaugural d’une démarche artistique et d’un mode opératoire mais aussi comme œuvre exemplaire de cette manière – assumée à partir d’elle – de brouiller les pistes et d’interroger le regardeur sur le statut de ce qui se trouve devant lui. Ainsi répond l’artiste à la question : « pourquoi mouler des objets en plastique ? » : « C’est en cherchant à faire du mobilier, que j’ai eu l’idée de mouler un vieux fauteuil club en cuir, je me détourne du côté design, et ainsi opte pour la sculpture. En partie parce que je ne me trouve pas “à la hauteur” de cette vague de design plastique pop, mais surtout parce que je sens bien qu’il y a quelque chose “de personnel et d’intéressant dans ce geste” le possible début d’un travail d’artiste ».
Ce travail d’artiste s’est déployé alors tout entier autour de la production, reproduction, donc réinterprétation :
REMAKE...
Le titre de l’exposition à lui seul résume cet effet de trouble permanent que se plaît à entretenir l’œuvre d’Étienne Bossut, en même temps qu’il indique, par la convocation du cinéma, que l’artiste, aussi, aime à raconter des histoires.
Pour cette exposition, le musée de Dole est associé au Frac Franche-Comté qui présente notamment, au même moment, une pièce magistrale produite pour l’exposition. Le Frac PACA est également partenaire de l’exposition qu’il présentera en 2019 très différemment. »

Amélie Lavin
Directrice du musée des Beaux-Arts de Dole
Commissaire de l’exposition

Étienne Bossut, Jardinage, 1984

Plus d’info :
- site d’Étienne Bossut
- page Facebook du musée des Beaux-Arts de Dole

P.-S.

- Exposition du 9 mars au 3 juin 2018 ; entrée libre
- Vernissage le vendredi 9 mars à 18h
- Visites commentées de l’exposition les dimanches 18 mars, 8 & 22 avril, 6 & 27 mai à 15h ainsi que les jeudis 12 & 19 avril à 14h30
- Apérimusées les mercredis 21 mars, 4 & 18 avril à 18h30
- Nuit des Musées le samedi 19 mai de 17h à minuit
- Ouvert du mardi au samedi de 10h à 12h & de 14h à 18h et le dimanche de 14h à 18h
- Musée des Beaux-Arts de Dole, 85 rue des arènes 39100 Dole

Notes

[1Empruntée à Georges Didi-Huberman, La Ressemblance par contact, éd. de Minuit, Paris, 2008