Interview de Romain Moretto

par Florian BOURGEOIS, Siloé PETILLAT

Romain Moretto, artiste pluridisciplinaire, est un des créateurs des Derniers Hommes, collectif mû par une volonté de décloisonnement des disciplines artistiques. La parution d’une nouvelle formule du webzine d’art visuel Querelle fut l’occasion de l’interroger sur son travail.

Mais Werther en a épargné plus d'un

Dijon Art : Peux-tu nous dévoiler en quelques mots ton parcours ?
Romain Moretto : Je suis né en fac de lettres de Dijon à l’âge de vingt ans où j’ai découvert simultanément Pierrot le Fou et Arthur Rimbaud. J’ai très vite arrêté pour vivre un délire post-Fahrenheit 451 dans lequel je devais apprendre Une Saison en enfer puis fuir dans les forêts constituer avec d’autres des bibliothèques humaines. Parallèlement je m’étais fixé l’objectif d’apprendre le petit Robert. Puis j’ai arrêté pour le théâtre, la création visuelle… retour à la fac de lettres, licence pro audiovisuel multimédia, et beaucoup d’autodidactisme.

Tu fais partie du collectif Les Derniers Hommes qui développe le webzine Querelle, tu es comédien, metteur en scène, créateur graphique et multimédia, j’ai cru t’avoir vu faire du Vidjing au coté du groupe Untel. As-tu d’autres cordes à ton arc ?
J’ai commencé les cours de chant !

Qu’est-ce qui te pousse à une telle polyvalence ?
Mes plus belles émotions de spectateur sont nées du mélange des genres, de la création d’univers dont l’artiste en maîtrisait les nombreuses pièces. Dernièrement, j’ai été bouleversé par la pièce Purgatorio de Roméo Castellucci : j’aime les gens qui savent imposer un univers personnel que ce soit sur scène, au cinéma, ou sur album. Aussi me faut-il comprendre (ou maîtriser) les éléments qui me paraissent indispensables à la vision de la création scénique que je veux défendre : littérature, art visuel, musique, nouveaux médias…

Une Saison en Enfer

Tu mets en scène Une saison en Enfer, création scénique à partir du livre d’Arthur Rimbaud. Est-ce une référence pour toi ? As-tu d’autres influences ?
Oui c’est une référence. D’une part, parce qu’il fait de la poésie un exutoire et une vocation personnelle, d’autre part, parce qu’il réussit à merveille cette expérience des limites. Je ne suis pas sûr que l’on puisse faire de l’art ex nihilo : Rimbaud foule aux pieds tous ses maîtres et prédécesseurs et restera le symbole de la poésie révolutionnée ; et au-delà de ça, je pense qu’il est important de faire de l’art en ayant la conviction d’apporter une originalité ou une avancée, et en se situant par rapport à ce qui a déjà existé.
En ce qui concerne mes autres influences, j’ai tout de même trouvé du bon chez Robert Cantarella et du mauvais chez Olivier Py ; tout en étant enclin au contraire. Il y a toujours des images, des rythmes, des sonorités, qui hors de leur contexte peuvent marquer.

Une Saison En Enfer

Peux-tu nous présenter Les Derniers Hommes ? Qui en fait partie et quelle est votre raison d’être ?
La compagnie des derniers hommes est une association pour la promotion des arts scéniques et des nouveaux médias. C’est un collectif d’artistes provenant de toutes disciplines : théâtre, danse, musique instrumentale, musique électronique, environnements sonores, arts visuels (graphisme, vidéo, multimédia). Mais le collectif s’attache aussi à la gestion et à l’organisation d’événements. Ses principaux projets sont :
- la création de spectacle vivant : Une Saison en enfer d’Arthur Rimbaud (2007), création théâtrale, musicale et multimédia. Il n’y a plus rien (création en cours), concert performance-danse et mix-médias.
- Querelle, webzine et revue d’art visuel.
- la création du festival Labomatique, prévue pour novembre 2009, arts transdisciplinaires.

Nous sommes trois personnes quasiment à temps plein à participer activement au fonctionnement des projets de l’association, dont Charlotte Kaminski également metteur en scène au sein du collectif. Ensuite, suivant les projets s’associent à nous de nombreuses autres personnes.

Les Derniers Hommes

Peux-tu nous en dire plus sur le festival Labomatique ?
Labomatique se déroulera du mercredi 18 au samedi 21 novembre 2009 dans plusieurs salles de spectacles de Dijon. Ce sera un festival consacré aux arts de la scène transdisciplinaires : concert, danse, théâtre, vidéo, multimédia, art numérique, art visuel…

Venons-en à ce webzine d’art visuel : Querelle. Pourquoi avoir choisi ce titre ?
J’ai dessiné un cœur accolé au signe phonétique [El] du syntagme « art visuel », et le rébus donnait « querelle ». On a gardé.

Comment vous y prenez-vous pour choisir les artistes que vous présentez ?
Ce fut d’abord un appel à projet sur Dijon et sur le site qui constitua un petit réseau. Avec le bouche à oreille et la bonne fréquentation du site, c’est désormais un réseau de près de 80 graphistes, illustrateurs, photographes, et peintres.

Comment vous êtes-vous débrouillés pour établir un prix de vente si bas pour le premier numéro papier de Querelle ?
Nous avons la chance d’être soutenu par l’Université de Bourgogne et le CROUS de Dijon, car nous travaillons avec de nombreux étudiants, adhérents et bénévoles. Ces aides nous permettent de défendre cette éthique dont nous nous réclamons : la culture comme service public ; la passion (et non le profit) au service de l’art.

Il y en aura d’autres ?
Le prochain Querelle papier sortira en mai 2009, qui nous l’espérons, s’accompagnera d’une véritable exposition des œuvres.

D’autres projets ? Tu travailles sur quoi actuellement ?
En ce moment je travaille avec Charlotte Kaminski à la mise en scène de notre nouvelle création : Il n’y a plus rien, une sorte de concert virtuel, théâtre, performance danse, et interaction multimédia - le genre est difficilement définissable ! C’est un gros projet pour lequel nous serons neuf mois en résidence de création au Théâtre Mansart dès 2009.

Il n'y a plus rien

Plus d’info :
- Site des Derniers Hommes
- Site de Romain Moretto
- Site de Querelle

P.-S.

Propos recueillis en décembre 2008 par Florian Bourgeois et Siloé Pétillat.