Exposition

Julia Morlot - CAMÉES
Association Bourguignonne Culturelle

par Siloé PETILLAT

L’A.B.C. présente une exposition personnelle de Julia Morlot. Née en 1985 à Fontaine-les-Dijon, cette artiste qui vit et travaille à Panges, en Bourgogne, a notamment réalisé une série de céramiques aux étranges formes partiellement anthropomorphes.

Communiqué de presse :

« Les camées sont au mur, blancs et mats, ils sont circulaires, ce sont des bas-reliefs en céramique dévoilant, parmi de petites excroissances filandreuses, des fragments de corps anonymes et éclatés. Il y a quelque chose de plaisant et douloureux à regarder ces corps là, suspendus entre apparition et disparition. La masse organique lutte avec la prolifération des filaments. Alors, le désir de fiction est là. On pense aux Métamorphoses d’Ovide, à la mythique Daphné se transformant en laurier pour échapper à l’empressement d’Apollon. On pense au blason en tant que forme poétique chantant la gloire d’un fragment de l’être aimé. On pense à la psychanalyse, à la capacité de la sensation de faire émerger la conscience en un point spécifique du corps, à l’hystérie qui paralyse la main, l’oreille ou la jambe. Les camées sont également porteur de sensualité. La terre appelle la main. On a envie de laisser le doigt effleurer le relief, de découvrir, les yeux clos, le détail des figures qui abondent. La préciosité est dans le jeu des filaments, comme dans la délicatesse de chaque forme naissante. Souvent, les œuvres de Julia Morlot se situent dans cet interstice entre inquiétude et douceur, étrangeté et séduction.

Julia Morlot a choisi de travailler plusieurs types de terres dans cette série de céramiques. Ce sont le grès, la faïence et les méthodes exigeantes qui leur incombent. Tout pourrait casser à tout instant, il faut faire sécher, ouvrir et refermer, l’opération est délicate, le corps en terre fragile, la moindre erreur et c’est la perte. Même terminée, la sculpture n’est pas pérenne, un geste indélicat pourrait la conduire promptement à sa brisure. L’artiste poursuit son geste, expérimente encore et toujours. L’œuvre est aussi dans le procédé, dans cette quête effrénée de lenteur et d’équilibre entre les éléments : la terre, l’air, l’eau et le feu. Toutes les combinaisons sont à envisager pour atteindre le point vulnérable et halluciné où le fragment de corps sera là, entre apparition et disparition, entre découverte et souvenir. Le passé est toujours là, c’est l’un des traits marquants du travail de Julia Morlot. Le camée comme le médaillon sont des objets d’autrefois, des objets identitaires, où ces bas-reliefs portatifs, à l’heure où la photographie n’existait pas ou était encore peu répandue, retenaient quelques traits d’un visage avant que le temps ne les ensevelissent. Les camées ne sont pas identitaires, les éléments de corps ainsi isolés sont anonymes, ils apparaissent et disparaissent dans cette forêt de filaments obscurs ou lumineux qui les recouvrent ou les dévoilent.
Pourtant, comme les camées et médaillons d’autrefois, les camées suspendent le temps. On avance, on recule, on hallucine, on ne sait pas. Le mouvement est retenu, le temps figé, quelqu’un est là qui vient ou part. On ignore tout. Le flux numérique contemporain a fait perdre au portrait photographique sa puissance identitaire. On produit sans cesse des images, il n’y a plus de suspension du temps. La vie est capturée en temps réel dans un mouvement d’accélération. Contre la post-modernité et la saturation qui la caractérise, Julia Morlot sculpte la terre, s’éprouve dans la lenteur des processus de création qui requièrent un savoir-faire.
Elle décélère, elle cherche, elle tâtonne, entre ce qui a été et ce qui adviendra. La série des camées se poursuit, une sculpture s’ajoutant à une autre, la suivante naissant toujours de la précédente, comme un passage qui s’ouvre vers l’inconnu, du souvenir à l’aventure. »

Florence Andoka

Plus d’info :
- site de l’A.B.C.
- site de Julia Morlot

P.-S.

- Exposition du 16 mai au 6 juillet 2019 ; entrée libre
- Vernissage le jeudi 16 mai 2019 à 18h
- Ouvert du mardi au samedi de 13h à 18h
- Hall de l’A.B.C., 4 passage Darcy 21000 Dijon (tram T1 ou T2 arrêt Darcy)