Exposition - Montigny-sur-Vingeanne (21)

L’Ascension des Saints de Glace, l’homme et la femme
ArtBFC

par Siloé PETILLAT

Pour l’Ascension, ArtBFC organise une exposition avec PLMC (photographie), Joël Desbouiges (peinture), Anne-Valérie Dupond (sculpture, peinture), Daniel Gauthey (peinture, collage), Haridas Mouchiquel (peinture) et Julien Munschi (volume), ainsi que des spectacles, conférence, lecture et soirée gourmande.

Communiqué de presse :

L’exposition, autour de l’homme et la femme, sera ouverte du jeudi 13 mai au dimanche 16 mai de 14h à 19h sur deux lieux, impasse du Château, lieu habituel d’ArtBFC et chez Sabine et Marc Sarrazin, adhérents d’ArtBFC, 7 rue de Chevence, à 100 m, à côté de l’église. Les artistes invités d’origines très diverses, professionnels de renom ou amateurs, ne montrent pour certains leur travail que très exceptionnellement.

PLMC, Baiser n°2, 60 x 100 x 37 cm, copyright PLMC Darnaud

- PLMC

Les relations du couple s’inscrivent dans une histoire, une mémoire complexe, qui garde ou efface les moments de complicité comme les moments de divergences. PLMC, nom générique du couple Pierre-Luc Darnaud et Marie-Christine Goradesky, développe un travail à quatre mains à travers le dessin, la photographie et l’édition. Des dessins mélangent des corps de manière à se pénétrer et s’enliser dans la confusion de leurs traits. Des photographies soulignent l’absence par le contraste entre intérieur et extérieur, entre ombre et lumière. D’autres images affichent des baisers langoureux aux cous tendus cadrés de très près, ou des enlacements tendres et sensuels dans lesquels s’efface l’environnement. Plus qu’une narration, les œuvres de PLMC circulent entre intimité et imaginaire, entre lumière lactée et couleurs fantomatiques, entre bonheur de s’aimer et désespoir de se perdre. Ce sont des visions elliptiques construisant une fiction émotionnelle, telles des élégies sur la fragilité du souvenir et l’incertitude du devenir.

Joël Desbouiges, Eros, copyright Joël Desbouiges- Joël Desbouiges

La question de la nature entre l’homme et la femme se pose d’abord physiquement, c’est-à-dire sexuellement. Après les efforts du jardinier, viennent les joyeux repas des goulus de plaisir érotico-champêtre. Jean-Pierre Verheggen et Joël Desbouiges viennent de publier Phallus et Morilles, quatorze tentatives érotico-culinaires : des textes poétiques, d’une truculente trivialité, illustrés des dessins gouachés de belles sauvageonnes entourées de champignons. Ces amants champignonesques, qui clament leurs phalliques intentions, chantent d’audacieuses invitations à ces nues érotiques, prêtes à passer à l’action. Car elles se posent, se cambrent, se frottent, s’offrent vulves à l’air et fessiers dénudés. Qui, de l’enivrant herbier ou des corps sensuels, émoustille l’autre ? Qu’importe ! Seul des ébats amoureux assouviront l’envie, ainsi réveillée, de gourmandises corporelles. Et Aphrodite le savait bien : festoyer charnellement passe par le désir et la passion, que chatouillent les sens et l’imagination. Alors s’unissent les corps et les esprits.

Anne-Valérie Dupond, Pin up, copyright Anne-Valérie Dupond

- Anne-Valérie Dupond

Anne-Valérie Dupond assemble des bouts de tissus, portés, abandonnés, historiquement marqués, pour en faire des poupées, des trophées, des bustes ou des toiles. Coudre, elle ne sait pas, dit-elle. Sa technique ne vise pas une perfection froide, sans vie. Au contraire elle pointe à coups d’aiguilles le pli, le creux, la marque de l’identité et du temps. Elle dessine des parcours de fils noirs qui sculptent l’expression d’un visage, la posture d’un corps, la consistance de la chair. Non, elle n’est pas de ces couturières infirmières qui referment et cicatrisent les coulisses de l’intime. Avec humour et ironie, elle pique dans le vif de l’ordre social, supposé naturel, qui oppose l’homme et la femme. L’autorité d’un aïeul patriarche ou la gloire passée des grands hommes, se posent sur des bustes de draps blancs, sûrement conjugaux, passés à la colle de peau. Tandis que les formes érotiques des pin-up, ou celles sensuelles des jeunes filles, s’étoffent pudiquement dans des postures aguicheuses ou alanguies, séductrices ou séduisantes. Anne-Valérie Dupond joue de cette inégale répartition des rôles, mais ne nie pas les différences. Elle préfère les explorer pour mieux s’approprier toutes leurs richesses.

Daniel Gauthey, Mon bestiaire à moi, c'est toi (détail), copyright Daniel Gauthey

- Daniel Gauthey

Daniel Gauthey s’approprie les richesses de matériaux et d’objets divers, éparpillés dans la nature, dispersés par la société. Il les accumule, les collectionne, puis effectue un « recentrage ». Se joue ici un défrichage, un croisement des matières dans leurs qualités internes, avec des associations d’idées, des jeux de mots, des références culturelles. Alors, des épluchures entières de peaux d’oranges confirment la présence des femmes dans les placards. Une éponge agrémentée d’une fleur et d’une cuillère revisite le déjeuner sur l’herbe. Un couple de loups, encré de noir jusqu’aux bottes, cherche son intimité dans la pénombre, ou marche en portant d’improbables formes orangées à bout de pattes. Daniel Gauthey est poète et jardinier. Il bine le champ de ses collectes, fouille l’ombre et la lumière, cherche la semence fantomatique et cultive son germe incertain. Entre absence et présence, des liens se tissent et se développent, tels ceux des êtres qui se cherchent. C’est une quête d’identité, de construction, qui place l’homme et la femme à égalité, face à la diversité du monde. Les œuvres de Daniel Gauthey parlent de ces médiations, sociales et intimes à la fois.

Haridas Mouchiquel, Souffle divin, copyright B. Girard

- Haridas Mouchiquel

Le souvenir est au centre des œuvres de l’artiste Haridas Mouchiquel. Celui de son pays natal, Mahé, dont il peint la luxuriance. Toute la force de la nature s’ouvre sur la toile. De nombreux arbres de vie accueillent et protègent des dizaines de couples d’oiseaux. Les ondes rougeoyantes ou rosées des soleils se couchent sur des eaux bienveillantes. Et mille espèces florales parfument et offrent un lit verdoyant et coloré à des êtres d’amour. Ces paysages naïfs sont des poèmes chantant les dialogues entre la nature et les êtres. Symboles de vie, ces jardins paradisiaques restituent une vision intime de la création basée sur la féminité et la fécondité. Car, dit Haridas Mouchiquel, le 7e jour Dieu ne créa pas les êtres ; ceux-ci étant déjà créés, le 7e jour, Dieu insuffla le souffle de vie, le souffle cosmique. La fertilité, primordiale dans les cultes fondateurs, est ainsi assimilée à un acte divin. Et l’union par l’accouplement ouvre à la communication avec d’autres dimensions dépassant le temps.

Julien Munschi, Chérie, copyright Julien Munschi

- Julien Munschi

L’imaginaire amoureux dépend du rapport de chacun à son propre corps et à celui de l’autre. Si ce rapport est largement poétisé, il peut aussi être lié à des mythologies plus conflictuelles. Julien Munschi interroge les tensions entre passé et présent par le biais de modifications corporelles. Usant de mixités matérielles, techniques et scientifiques, il conçoit des objets composites. Ainsi ce jouet, recouvert de dentelle jusqu’à ses trompes et tapissé intérieurement de dents de sanglier, illustre des fantasmes allant du désir de pénétration à la peur de se faire dévorer. Bouche castratrice, le mythe du vagin denté devient chimère hybride, attirante et repoussante à la fois. De même l’artiste convoque le symbole maléfique et protecteur du serpent, pour enlacer des tentacules recouverts de quarts et de granit. Toute l’ambiguïté du coït est éclatée entre tentation trompeuse de la femme serpente, sacrifice d’amour au monstre marin, et éternité d’un amour immortel. Métaphores des relations humaines, les œuvres de Julien Munschi visent à redonner au corps un sens symbolique et temporel.

Julien Munschi, Adieu, copyright Julien Munschi

Textes de Catherine Le Dourner

Plus d’info : site de ArtBFC

P.-S.

- Exposition du jeudi 13 mai au dimanche 16 mai 2010 ; entrée libre
- Ouvert de 14h à 19h
- Vernissage le jeudi 13 mai 2010 à 18h30
- ArtBFC, impasse du Château et 7 rue de Chevence, 21610 Montigny-sur-Vingeanne