Colloque

Le monumental. Une valeur de la sculpture, du romantisme au post-modernisme
Musée des Beaux-Art de Dijon - Centre Georges Chevrier de l’Université de Bourgogne

par Siloé PETILLAT

En parallèle à la rétrospective Sophie et François Rude programmée au musée des Beaux-Arts de Dijon à l’automne 2012, le Centre Georges Chevrier de l’Université de Bourgogne et le musée des Beaux-Arts organisent en partenariat un colloque international consacré à la question du monumental dans la sculpture des XIXe et XXe siècles en Europe.

Communiqué de presse

L’arc sculpté, la colonne historiée, la statue équestre ou le portrait en pied sont autant de formes de la monumentalité héritées de l’Antiquité, ravivées par le classicisme et usées par l’académisme, dont la modernité et les avant-gardes ont prononcé l’obsolescence. Avec sa quête de l’expression lyrique, son sens marqué de la théâtralité et son souci de la solennité, la sculpture romantique – celle de Rude, Préault ou David d’Angers – a contribué à précipiter le XIXe siècle dans une inflation monumentale qui tourna à la statuomanie raillée par Baudelaire dans son Salon de 1859 : « sur les places publiques, aux angles des carrefours, des personnages immobiles, plus grands que ceux qui passent à leurs pieds, vous racontent dans un langage muet les pompeuses légendes de la gloire, de la guerre, de la science et du martyre. Les uns montrent le ciel, où ils ont sans cesse aspiré ; les autres désignent le sol d’où ils se sont élancés. Ils agitent ou contemplent ce qui fut la passion de leur vie et qui en est devenu l’emblème : un outil, une épée, un livre, une torche, vitaï lampada ! », ironisait le poète en soulignant combien ces « fantômes de pierre » méconnaissaient le divin et la grandeur, auxquels se substituaient trop souvent le joli et le minutieux. Au point qu’à la fin du siècle, la statuaire monumentale parut fossilisée dans la tyrannie de la représentation et l’instrumentalisation politique, hypothéquée par les besoins de la propagande, de la glorification ou de la commémoration. Cette production monumentale fut ainsi condamnée à une « histoire de l’échec », selon l’expression de Rosalind Krauss.

À cet égard, on peut considérer le XXe siècle comme une double entreprise de péremption du monument et de réappropriation du monumental. Dans sa forme dévaluée et son acception péjorative, le monument est comme retourné : à la suite des surréalistes qui en soulignent l’étrangeté dans un registre iconoclaste, le langage, les formes, la matérialité et la charge en sont explorés. « Comment faire une sculpture monumentale qui ne s’impose pas physiquement, qui ne soit pas un monument, mais qui soit de la taille d’un monument ? Comment faire un très grand objet mais que le spectateur domine toujours ? ». Par ces questions rigoureusement contemporaines de l’installation des colonnes du Palais-Royal (1986), Daniel Buren montrait combien la monumentalité était un enjeu de l’art contemporain – entre les pratiques de la sculpture et les procédés de l’installation –, dont les inflexions se retrouvent du minimalisme à l’Arte povera ou au Land art, et chez des artistes aussi divers que Brancusi, Calder, Raynaud ou Serra, ou bien Giacometti et Étienne-Martin, dans les projets de place ou palais de l’un, les Demeures de l’autre.

Depuis les années 1960, comme par une filiation avec la « statue en rien » du Poète assassiné – Picasso avait cherché à en monumentaliser le vide dans son Hommage à Apollinaire (1928) –, des artistes tels Jan Dibbets ou Jochen Gerz interrogent les figures de l’anti-monument et les ressources du monument impossible et presque dématérialisé, comme pour faire mentir les prédictions d’Aragon qui, dans Le Paysan de Paris (1927), proclamait que « c’est de la statuomanie qu’elle périra, l’humanité », et imaginait des villes obstruées de statues et de monuments prêts à dévorer les cheveux des passants.

Le colloque interrogera les différentes dimensions et acceptions du monumental en sculpture, autour des problématiques du langage de l’hommage, des matériaux, formes et lieux, de la monumentalité et l’anti-monumentalité, afin d’éclairer les pratiques et les enjeux de la sculpture actuelle, en regard de son histoire.

Le monumental. Une valeur de la sculpture, du romantisme au post-modernisme

Programme

Jeudi 6 décembre

- 9h30-10h - Accueil des participants
- 10h-10h15 - Mot d’accueil du président de l’Université de Bourgogne, et d’Yves Berteloot, adjoint au maire aux affaires culturelles
- 10h15-10h30 - Mot d’accueil de Sophie Jugie, directrice du musée des Beaux-Arts
- 10h30-10h45 - Introduction générale par Bertrand Tillier, professeur d’histoire de l’art moderne et contemporain à l’Université de Bourgogne et directeur du Centre Georges Chevrier
- 10h45-11h30 - Conférence inaugurale par Serge Lemoine, conservateur honoraire : Une politique d’art contemporain pour l’université de Bourgogne

Les enjeux de la monumentalité

- 14h-14h30 - Wassili Joseph, doctorant en Histoire de l’Art (Université Paris - Sorbonne) ; co-commissaire de l’exposition "François et Sophie Rude" : La bataille du fronton de la Madeleine : les enjeux de la monumentalité sous la Restauration
- 14h30-15h - Catherine Chevillot, directrice du musée Rodin (Paris) : L’enjeu de la monumentalité entre 1905 et 1914
- 15h-15h30 - Claire Garcia, docteur en histoire de l’art (Université de Paris-Ouest Nanterre La Défense, École du Louvre) : "Prenez garde à la sculpture" : la statuaire monumentale publique ou la modernité impossible ?
- 15h30-16h - Eric Darragon, historien et critique d’art : L’Hercule de Markus Lüpertz à Gelsenkirchen
- 16h30-17h30 - Table-ronde avec l’artiste Denis Monfleur, sculpteur (animée par Bertrand Tillier)

Vendredi 7 décembre

Langages de l’hommage

- 9h-9h30 - Claire Barbillon, maître de conférences (Université Paris-Ouest Nanterre la Défense), professeur (École du Louvre) : Le relief romantique peut-il être monumental ?
- 9h30-10h - Clélia Simon, Docteur en histoire de l’art, assistante à la recherche (Centre André Chastel, Université-Paris-Sorbonne) : Notre-Dame de France du Puy-en-Velay (1853-1860). Statue colossale et monument politique
- 10h-10h30 - Renaud Bouchet, docteur en histoire de l’art (CERHIO, Le Mans) : « Rester un statuaire sous la pression de la mode internationale ». César et le Centaure-Hommage à Picasso (1985)

Matériaux, formes et lieux

- 10h30-11h - Guillaume Gaudet, docteur en histoire de l’art (Université de Picardie) : Rodin et sa science du modelé : dépassement ou effacement de la composante locale ?
- 11h-11h30 - Itzhak Goldberg, professeur d’histoire de l’art (Université Jean-Monnet de Saint-Etienne) : Monuments pour personne : Michael Heizer et le Land Art

Monumentalité et anti-monumentalité

- 14h-14h30 - Thierry Laugée (Université Paris Sorbonne-Paris IV) : A l’Industrie, la Civilisation reconnaissante
- 14h30-15h - Amélie Simier, directrice des musées Bourdelle et Zadkine (Paris) : La Courtisane de Jules Dalou : monument ou bibelot ?
- 15h-15h30 - Valérie Dupont, maître de conférences (CGC, Université de Bourgogne) : Rachel Whiteread : le monument en négatif
- 15h30-16h - Sébastien Clerbois (Université Libre de Bruxelles) : Corps collectifs, espaces intérieurs. Sculpture actuelle et monumentalité à travers l’œuvre d’Antony Gormley
- 16h-16h30 - Conclusion et débats

Plus d’info : site du Centre Georges Chevrier

P.-S.

- Colloque le jeudi 6 et le vendredi 7 décembre 2012 ; entrée libre
- La Nef, place du théâtre 21000 Dijon (bus Divia L6 ou 11 arrêt Théâtre)