Musée Municipal

Le musée des Beaux-Arts de Dijon

De l’antiquité égyptienne à l’art moderne et contemporain

par Siloé PETILLAT

On dit que le musée des Beaux-Arts de Dijon est l’un des plus anciens musées de France. On dit aussi que sa collection est l’une des plus importantes en termes de quantité et de qualité. Enfin, on dit que le grand chantier de restauration, dont l’aboutissement est prévu pour 2018, inscrira le musée dans le 21ème siècle et contribuera à « rendre aux Dijonnais le riche fonds patrimonial qui leur appartient » (François Rebsamen). On en a de la chance !

Un respectable vieillard

Seul le musée des Beaux-Arts de Besançon, créé dès 1694, devance le musée des Beaux-Arts de Dijon ; tous deux font partie des rares musées français antérieurs à la Révolution.

L’origine du musée des Beaux-Arts de Dijon remonte à 1766, date à laquelle François Devosge crée son Ecole de dessin gratuite, qui allait bientôt accueillir des élèves aussi illustres que Pierre-Paul Prud’hon et François Rude. Afin de faciliter l’enseignement, un museum est fondé en 1787. Il abrite notamment des copies de statues antiques ou de tableaux des grands maîtres, disposées pour l’étude, et les œuvres des lauréats des prix de Rome. Les deux institutions occupent alors une partie du Palais des Etats de Bourgogne, extension du Palais des ducs de Bourgogne. Faut-il rappeler que l’histoire de Dijon se confond avec celle du duché de Bourgogne, ensuite devenu province du Royaume de France ? Petit historique.

Le musée des Beaux-Arts de Dijon : entrée Des trésors ancrés dans l’Histoire

Aux 14ème et 15ème siècles, le mécénat des ducs de Bourgogne permet l’essor d’un foyer artistique important. Ainsi, la commande des tombeaux des ducs et des retables sculptés de la chartreuse de Champmol donne une impulsion décisive à la sculpture bourguignonne. Une démarche néanmoins non dépourvue de stratégie : soutenir la création artistique est aussi un bon moyen de soigner son image pour la postérité.

Chacun veut refaire la déco à sa façon

Au 16ème siècle, la Bourgogne, rattachée au domaine royal, est soumise par la force à l’autorité de l’Etat français, tout en conservant un certain nombre de privilèges, notamment celui d’avoir des états généraux et de s’administrer elle-même.
L’hôtel ducal devient le logis du roi. Toute la vitrerie est alors changée pour remplacer les armes du duc par celles du monarque.

Au 17ème siècle, les Condés, princes de sang, descendants de Saint-Louis, sont nommés gouverneurs de Bourgogne, c’est-à-dire représentants du roi. Immensément riches et puissants à la Cour, ils ont une position ambigüe : voulant montrer la prééminence de leur rôle dans la province, ils font décorer le palais des Etats à leur gloire ; mais soucieux de ne pas déplaire à Louis XIV, ils transforment le logis du roi en palais moderne lié à une place royale en l’honneur du monarque tout-puissant.
En 1681, les membres des trois ordres des états (clergé, noblesse, tiers état) décident de construire un bâtiment qui leur appartienne. Les entreprises de construction des états de Bourgogne n’étaient possibles que si le roi leur accordait le terrain nécessaire, à moins de bâtir dans l’enceinte du logis du roi ; ce fut la solution adoptée, avec la bénédiction du souverain.

Malgré un désir d’harmonisation de l’ensemble architectural, affiché et mis en œuvre au 18ème siècle, le palais des Ducs et des Etats de Bourgogne n’offre qu’une unité de façade, témoignant des différentes périodes de son histoire.

Le musée des Beaux-Arts de Dijon

Restructuration profonde de la société française et volonté d’ouverture au plus grand nombre

La Révolution française de 1789 signe la fin de la dynastie des princes de Condé. Toutes les institutions d’Ancien Régime disparaissent : les gouverneurs, les états, les élus généraux, mais aussi le cadre dans lequel s’exerçaient ces pouvoirs, les provinces, dont les limites historiques sont effacées par le découpage de la France en départements. Les éléments de décors qui évoquaient la monarchie et les princes de Condé sont supprimés ou modifiés. François Devosge est chargé de faire l’inventaire des biens confisqués au clergé ou provenant d’émigrés et de les joindre aux trésors déjà possédés pour installer l’ensemble au Palais des Etats de Bourgogne. Le 7 août 1799, le musée est ouvert aux citoyens.

Charles Févret de Saint-Mémin, conservateur du palais, prend l’initiative de mettre en scène les fameux tombeaux des ducs de Bourgogne dans la grande salle du palais des Ducs, et les entoure de quelques autres chefs-d’œuvre dijonnais.

Par vagues successives, des dépôts de l’Etat, des dons de collectionneurs, des actions de mécenat et des acquisitions de la Ville viendront enrichir la collection. Le musée s’agrandit progressivement.

De nombreux travaux, mais une omniprésence des ducs

Toutes sortes d’occupants se succèdent alors dans le palais aux côtés du musée des Beaux-Arts. Depuis les années 1830, il cohabite avec la Mairie.

Le palais est classé monument historique en 1882. Les aménagements et restaurations sont nombreux, jusqu’aux années 2000, époque à laquelle on porte une attention particulière à la valorisation de ce majestueux témoin de l’Histoire bourguignonne. On peut par exemple citer le réaménagement (2005-2006), sur une proposition de Jean-Michel Wilmotte, puis la mise en lumière (2006-2007) de la place de la Libération, ou la rénovation intérieure et extérieure du musée des Beaux-Arts (depuis 2008) par les Ateliers Lion et Éric Pallot. La tour Philippe le Bon, pratiquement inchangée, atteste de l’ancienneté du lieu.

Malgré les nombreux occupants qui se sont succédés dans les locaux depuis les ducs et les états de Bourgogne, ceux-ci se sont imposés dans les esprits, au point que le palais porte encore aujourd’hui leur nom. D’ailleurs, son décor ne retient de Dijon que son rôle de capitale régionale.

Le musée des Beaux-Arts de Dijon

La variété des collections du musée

Le musée des Beaux-Arts possède des œuvres d’époques très différentes.
La section Antiquité est riche d’un remarquable ensemble égyptien (portraits du Fayoum, sarcophages, bijoux, etc) ainsi que d’une belle série de vases grecs et étrusques.
De l’époque des ducs de Bourgogne nous sont notamment parvenus les célèbres tombeaux évoqués plus haut, deux importants retables sculptés du style gothique international et un bel ensemble de Primitifs qui illustre les liens artistiques entre la Bourgogne et les Pays-Bas.
Une riche collection d’objets d’arts européens des XVIè et XVIIè siècles est également exposée, et la production artistique locale de l’époque est bien représentée. Concernant les productions des autres régions et pays, on peut par exemple admirer Le Souffleur à la lampe de Georges de La Tour et de grands tableaux de Rubens.
Les œuvres du XVIIIè siècle reflètent la variété des genres pratiqués par les peintres : peinture d’histoire, portrait, peinture de genre, paysage, nature morte.
Le romantisme français du XIXè siècle est illustré par Prud’hon ou Géricault, tandis que l’art académique de Bouguereau ou Tissot s’oppose aux indépendants : Monet, Sisley, Cross, etc.
Le fond de sculptures, considérable, laisse place aux artistes locaux tels que Rude et, plus tard, Pompon.

La section d’art moderne

En 1949, une ligne budgétaire est consacrée aux acquisitions d’œuvres modernes.

Exposition Passeurs d'art, musée des Beaux-Arts de DijonPierre et Kathleen Granville, deux parisiens passionnés d’art qui côtoyaient Maria-Helena Vieira da Silva, Etienne Hadju ou encore Nicolas de Staël, font partie des grands donateurs du musée. Leurs donations ont constitué l’essentiel de la section d’art moderne.

Toiles cubiques de Picasso, Braque ou Gris et sculptures de Matisse sont accolées à une belle série de masques et objets africains.

L’ensemble d’œuvres de l’école de Paris des années 1950 à 1970 est également conséquent.

Du 18 novembre 2006 au 29 janvier 2007, l’exposition Passeurs d’art rendait hommage aux généreux Pierre et Kathleen Granville, donateurs de près de 1000 œuvres.

Une politique d’expositions internationales conduite depuis quelques années amène par ailleurs régulièrement à Dijon les chefs-d’œuvre du monde entier.

Quand l’art contemporain s’invite au musée

Le musée des Beaux-Arts de Dijon, au-delà de son rôle de conservation, souhaite également soutenir la création contemporaine.

Le F.R.A.C. Bourgogne, qui ne dispose pas de lieu pour montrer ses collections en permanence, mène une politique active d’expositions "hors les murs". C’est ainsi que des œuvres d’artistes contemporains ont à plusieurs reprises investi les vastes espaces du musée des Beaux-Arts. Le dialogue s’initie alors entre œuvres classiques et contemporaines.

Du 27 février au 27 septembre 1999, on dressait Trois états de la peinture contemporaine au musée des Beaux-Arts de Dijon, avec des œuvres de Imi Knoebel, Gerhard Richter et Günter Umberg.

Du 2 décembre 2000 au 26 février 2001, l’exposition Bricolage ?, en mettant en avant la diversité des matériaux utilisés dans l’art contemporain, interrogeait l’idéal du modèle esthétique classique et ses valeurs (le métier, le savoir-faire).
Les artistes sélectionnés étaient John Armleder, Cécile Bart, Alighiero Boetti, Christian Boltanski, Sylvia Bossu, Ernest T., Daniel Firman, Gloria Friedmann, Raymond Hains, Bertrand Lavier, Mathieu Mercier, Olivier Mosset, Giulio Paolini, Claudio Parmiggiani, Sigmar Polke, Philippe Ramette, Man Ray, Roman Signer, Jacques Villeglé, Erwin Wurm, Yan Pei-Ming, etc.

Exposition Le Génie du lieu, musée des Beaux-Arts de DijonDu 17 juin au 26 septembre 2005, Le Génie du Lieu rassemblait encore des œuvres du F.R.A.C. autour de la problématique du rapport à l’espace architectural, patrimonial et urbain. Loin de se limiter aux salles d’exposition permanente et temporaire du musée auxquelles les visiteurs ont habituellement accès, l’exposition s’étalait jusqu’aux espaces historiques du Palais, peu ou mal connus du public, tels que la Salle des Mariages, la Chapelle des Elus ou encore la Tour Philippe le Bon.
Etaient présentées des œuvres de Lara Almarcegui, John Armleder, Elisabeth Ballet, Cécile Bart, Sylvia Bossu, Etienne Bossut, Lilian Bourgeat, Pascal Convert, Jonas Dahlberg, Jean Degottex, Peter Downsbrough, Luciano Fabro, Daniel Firman, Dora García, Dominique Ghesquière, Ann Veronica Janssens, Didier Marcel, Christian Marclay, Claudio Parmiggiani, Steven Parrino, Philippe Ramette, Christian Robert-Tissot, Didier Trenet, Xavier Veilhan, Michel Verjux, Didier Vermeiren, Lawrence Weiner, Erwin Wurm, Rémy Zaugg, etc.

D’autre part, du 15 septembre 2007 au 7 janvier 2008, Didier Dessus était invité en résidence par le musée des Beaux-Arts. L’artiste dijonnais s’est inspiré tant de la vocation initiale du musée, né de l’Ecole de dessin de François Devosge, que des œuvres elles-mêmes dont il a extrait des motifs particulièrement expressifs et faisant écho à son répertoire personnel. L’exposition Motifs apparents : les portraits d’un musée présentait ainsi soixante-huit dessins originaux à l’encre de Chine, des impressions numériques sur PVC ainsi qu’une vidéoprojection : un regard original et très personnel sur les collections du musée.

En 2009, le Consortium fait don de toute sa collection d’art contemporain au musée des Beaux-Arts de Dijon.

Des projets d’ouverture pour l’avenir

La collection du musée des Beaux-Arts est le reflet des plus belles heures de la création artistique en Bourgogne. Le cadre exceptionnel du Palais des ducs est, de plus, un écrin prestigieux. Le grand projet de rénovation du musée, lancé en 2005 et mené par l’architecte Yves Lion, devra faire honneur à la physionomie du lieu tout en inventant une forme tentant de faire le lien entre les œuvres, qui s’étendent de l’Antiquité au 20ème siècle. La démarche sera progressive, y compris dans l’avancement du chantier : le musée ne sera ni totalement paralysé ni fermé. Les travaux de la première tranche commencent en 2008, dans la galerie de Bellegarde, à laquelle on redonnera une apparence de galerie d’apparat, proche de celle que le duc de Bellegarde, gouverneur de Bourgogne, avait fait réaliser au début du XVIIe siècle. Ils s’achèveront en 2013 avec l’ouverture du parcours consacré aux ducs de Bourgogne et à la Renaissance. A terme, un café culture s’installera au rez-de-chaussée de la galerie de Bellegarde.
Ce premier très grand chantier du XXIè siècle siècle à Dijon permettra d’ouvrir davantage le musée.

Le musée des Beaux-Arts de DijonUne médiation soignée

Le service culturel du musée des Beaux-Arts propose un large éventail de visites pour les individuels et pour les groupes, des ateliers, des animations pour les scolaires, organise des formations pour les enseignants, met à disposition des enfants des outils pédagogiques dans un cadre scolaire ou individuel.
Pour toute information sur le service culturel et les modalités d’inscription, contacter le 03 80 74 53 59.

Autres espaces du musée

Hormis les salles d’expositions permanentes et temporaires, le musée des Beaux-Arts de Dijon possède :
- une librairie - boutique, qui vend des livres, cartes postales, reproductions, beaux objets, etc.
- une bibliothèque et un service de documentation, dont l’accès est réservé aux personnes pouvant justifier d’une recherche (à La Nef depuis 2009).
- un Cabinet d’art graphique, ouvert aux chercheurs (historiens d’art, étudiants) sur rendez-vous auprès d’un conservateur du musée.

Plus d’info : site du musée des Beaux-Arts de Dijon


- Ouvert tous les jours sauf le mardi et les 1er janvier, 1er et 8 mai, 14 juillet, 1er et 11 novembre, 25 décembre ; du 2 mai au 31 octobre de 9h30 à 18h et du 2 novembre au 30 avril de 10h à 17h ; fermeture de certaines salles de 11h30 à 13h45
- Entrée libre
- Musée des Beaux-Arts, Palais des États de Bourgogne, entrée par la cour de Bar, place de la Libération, 21000 Dijon (Bus Divia L1, L3, L5 ou L6 arrêt Libération ou Hôtel de Ville)

Communiqué de presse de l’exposition Bricolage ?
pdf, 154,5 ko
Communiqué de presse de l’exposition Le Génie du Lieu
pdf, 80,2 ko

Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé | Statistiques | visites : 1178091

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Lieux d’art et structures de diffusion   ?

Site réalisé avec SPIP 1.9.2i + ALTERNATIVES + Hébergement : Agence interactive i-com + Gestion : Association position: relative;

Creative Commons License