Exposition - Dole (39)

Les Malassis - Une coopérative de peintres toxiques (1968-81)
Musée des Beaux-Arts de Dole (39)

par Florian BOURGEOIS

« Être salauds avec la peinture » : cʼest par ces mots quʼen 2010, lors dʼun entretien, Cueco qualifiait rétrospectivement lʼexpérience de la Coopérative des Malassis. Cette exposition au Musée des Beaux-Arts de Dole est l’occasion de cerner la place centrale, mais singulière, quʼont tenue les Malassis dans la constitution de la scène artistique française de la période de la fin des années 60 et des années 70, mais aussi de revenir sur leur parcours historiographique, depuis ce début des années 1980 jusqu’à aujourd’hui.

Les Malassis - Une coopérative de peintres toxiques (1968-81), Affiche de l’exposition au Musée des Beaux-Arts de Dole

Communiqué de presse :

« Dans lʼentre-deux Mai 68 et 81, six peintres Henri Cueco, Lucien Fleury, Jean-Claude Latil, Michel Parré, Gérard Tisserand et Christian Zeimert – ce dernier sera démissionnaire au bout dʼan – réactivent une forme collective issue du XIXe siècle, fondant une coopérative sous la forme dʼune association de type loi 1901, au sein de laquelle ils vont sʼemployer à produire une peinture politique et figurative dirigée contre la « Nouvelle Société » pompidolienne. Niant lʼindividualisme attaché à la figure romantique de lʼartiste solitaire, ces peintres produisent un art collectif, inscrit dans le quotidien et accessible sans intermédiaire, quʼils exposent dans des lieux non dédiés à lʼart et la culture, en le louant pour le soustraire au marché et pour se tenir à distance des institutions, comme lʼillustre leur participation, sous la forme dʼun décrochagehappening, à lʼexposition 72, 12 ans dʼart contemporain en France, organisée au Grand Palais, selon le vœu du président Pompidou. Tiraillés entre leur proximité avec le PCF où on les suspecte de gauchisme et les mouvances gauchistes qui les soupçonnent de stalinisme, les Malassis qui doivent à ce quartier de Bagnolet où ils ont un atelier le nom dont ils sauront jouer malicieusement, optent pour une peinture monumentale, sarcastique et virulente. Soucieux de se dissocier dʼune peinture de propagande à la manière du réalisme socialiste, ils entendent engager, par ces immenses cycles de toiles au vitriol, une réflexion critique sur les structures politiques, sociales, économiques et industrielles, dont les dérives sont dénoncées et le naufrage annoncé. Cette exposition est l’occasion de cerner la place centrale, mais singulière, quʼont tenu les Malassis dans la constitution de la scène artistique française de cette période de la fin des années 60 et des années 70, mais aussi de revenir sur leur parcours historiographique, depuis ce début des années 1980 jusqu’à aujourd’hui, où l’important travail de recherche mené pour un colloque (6 et 7 février 2014 à Dole), puis cette exposition, permettent d’écrire une nouvelle page de leur histoire. Lʼexposition marque aussi un retour aux sources pour le musée dont la politique dʼacquisition en matière dʼart contemporain fut initiée par François Cheval, directeur du musée de 1982 à 1991, et pour laquelle lʼentrée des Malassis au musée fut réellement fondatrice. François Cheval avait défendu dès son arrivée en 1982 l’ouverture de la collection sur l’art contemporain et obtenu, un an après, le vote d’un budget supplémentaire dédié aux acquisitions d’œuvres contemporaines. La politique d’acquisition qui s’engage alors donne immédiatement le ton et affiche une identité claire pour cette collection naissante : elle sera picturale et figurative, s’enracinant dans les toutes récentes années 1960-1970, et dans le vivier de cette figuration libre, critique, narrative qui s’est développée en France dans le sillage de mai 68. Dès 1984, il fait lʼacquisition pour le musée des cinq toiles qui constituent lʼœuvre Les Cinq peintres romantiques à l’époque des Malassis ou les affaires reprennent.

Qui tue ? ou Lʼaffaire Gabrielle Russier, 1970, Détails, © Musée des Beaux-Arts de Dole, cl. Claude-Henri Bernardot

C’est bien en véritable précurseur et prescripteur que Cheval s’installe alors, plaçant le musée de Dole à l’avant-garde de ces jeunes établissements – le musée de Nantes, celui de Villeneuve d’Ascq, le Carré d’Art de Nîmes, le CAPC de Bordeaux notamment – qui ont reconfiguré dans la décennie 1980 le rôle des musées et des conservateurs en imposant la création contemporaine dans le champ muséal. Trente ans plus tard, il est saisissant de lire que l’achat des cinq toiles monumentales des Peintres romantiques fut voté à l’unanimité par le conseil municipal, en même temps que l’approbation du dépôt à venir de l’intégralité des œuvres produites par la coopérative des Malassis, soit un ensemble colossal de plus d’une centaine d’éléments (panneaux peints, sérigraphies essentiellement) accompagné d’archives. Dès 1984, date effective du dépôt, la totalité de la production des Malassis se trouve bien dans les collections du musée de Dole, à l’exception de l’ensemble du Paysan pauvre (collection du Fonds départemental de Seine-Saint-Denis), qui figurera néanmoins en bonne place dans cette exposition. Investissant le musée, du sous-sol au troisième étage, ce temps majeur de la programmation entend ainsi mettre en lumière lʼampleur dʼun travail qui a aussi permis au musée de reformuler ses enjeux et son identité. »

Plus d’info : site des musées en Franche-Comté

P.-S.

- Exposition du 18 octobre 2014 au 8 février 2015 (entrée libre)
- Vernissage le vendredi 17 octobre à 18h30
- Ouvert tous les jours, sauf le dimanche matin et le lundi, 10h-12h/14h-18h ; ouvert le 2ème et 4ème mercredi du mois jusqu’à 20h
- Fermé du 24 décembre au 1er janvier
- Musée des Beaux-Arts, 85 rue des Arènes, 39100 Dole