Agnès Varda

Les glaneurs et la glaneuse + Deux ans après
Ciné-Tamaris

par Siloé PETILLAT

Les glaneurs et la glaneuse

Synopsis :

« Un peu partout en France, Agnès a rencontré des glaneurs et glaneuses, récupéreurs, ramasseurs et trouvailleurs. Par nécessité, hasard ou choix, ils sont en contact avec les restes des autres. Leur univers est surprenant. On est loin des glaneuses d’autrefois qui ramassaient les épis de blé après la moisson. Patates, pommes et autres nourritures jetées, objets sans maître et pendule sans aiguilles, c’est la glanure de notre temps. Mais Agnès est aussi la glaneuse du titre et son documentaire est subjectif. »

Note d’intention d’Agnès Varda :

« Ce film est documentaire par son sujet. Il est né de plusieurs circonstances. D’émotions liées au vu de la précarité, du nouvel usage des petites caméras numériques et du désir de filmer ce que je vois de moi : mes mains qui vieillissent et mes cheveux qui blanchissent. Mon amour de la peinture a voulu aussi s’exprimer. Tout cela devait se répondre et s’imbriquer dans le film sans trahir le sujet de société que je souhaitais aborder : le gâchis et les déchets... Qui les récupère ? Comment ? Peut-on vivre des restes des autres ?
Au départ d’un film, il y a toujours une émotion. Cette fois-ci, celle de voir tant de gens qui vont ramasser ce qui traîne en fin de marchés ou les restes jetés dans les containers des grandes surfaces. Quand on les voit, on veut filmer ces personnes et c’est aussi cela qui ne se peut filmer sans leur accord. Comment témoigner pour eux sans les gêner ?
D’autre part, au moment des grandes moissons de blé de l’été 99, j’ai vu, à la télévision, un agriculteur perché sur sa moissonneuse-batteuse-lieuse. Il disait que si la machine était mal réglée et si elle laissait un grain par épi, à la fin de la moisson, il perdrait une énorme quantité de blé et une grande somme d’argent. Ce grain de blé resté sur l’épi m’a frappée. J’ai pensé au glanage d’autrefois, coutume rurale qui s’est perdue [et pour cause], et aux peintures représentant des glaneuses.
J’avais aussi envie de faire un film errant. Chercher des contacts. Faire des rencontres. Comme il n’y a pas de mot français pour dire road-movie, je pourrais dire que j’ai tourné un road-documentary. Disons un documentaire-routard-en-voiture.
Il fallait traiter le sujet en mode rural [le glanage et le grappillage] et en mode urbain [la récupération] et je m’autorisais des digressions variées avec un point d’accroche au sujet. Sont donc entrés dans le film un viticulteur descendant de l’extraordinaire inventeur Etienne Jules Marey, le propriétaire d’un vignoble de grand cru qui est aussi psychanalyste, un cours du soir d’alphabétisation, les confidences d’un cafetier et de sa bistroquette...
Je voulais glaner des images comme on prend des notes. Me permettre de montrer un drôle de chien aperçu en passant [veut-il boxer ?]. Ou le débordement du Dard. Ou m’arrêter longuement sur une peinture de Van der Weyden. Observer les couples. Et toujours revenir aux glaneurs et glaneuses, les mettre en confiance, les écouter, dialoguer avec eux plutôt que seulement poser des questions. Et les filmer.
Mes intentions ne se sont précisées qu’en cours de tournage et de montage. Peu à peu, je trouvais le dosage entre les auto-séquences - la glaneuse qui d’une main filme son autre main ou le contenu de sa valise - et les séquences sur ceux dont la situation et le comportement m’avaient impressionnée. J’avais réussi à les approcher, à les faire sortir de l’anonymat. Je les découvrais généreux. Il y a beaucoup de façons d’être pauvre, d’avoir du bon sens, de la colère ou de l’humour. Ceux que j’ai filmés nous apprennent beaucoup sur notre société et sur nous-mêmes. Moi aussi j’ai appris beaucoup en tournant ce film. Cela m’a confirmé que le documentaire est une école de modestie. »

Sélection officielle au Festival de Cannes (hors compétition)
1er Prix Documentaire au Festival de Chicago
Prix du Public au Festival du Nouveau Cinéma Montréal
Prix du Meilleur Documentaire Européen à Strasbourg (EFA)
Prix Méliès (Meilleur Film Français de l’année) 2002
Best Non Fiction Film New York
Documentary Award Los Angeles

Deux ans après

Synopsis :

« Si beaucoup de documentaires autour d’un film proposent, pour notre plus grand plaisir ou pour notre information, des images d’avant le film, préparation, essais des acteurs, repérages, images de tournage ou anecdotes de production, ce qu’en jargon franglais on nomme "making of" nous avons choisi de "raconter l’après-film", c’est ce qui est arrivé après la sortie du film LES GLANEURS et LA GLANEUSE. Ce que sont devenus ceux rencontrés et filmés en 2000 et les effets du film sur eux ou sur d’autres. Les courriers reçus par Agnès et comment elle a réagi. Les nouvelles rencontres dont des glaneurs originaux, devenant la deuxième partie du premier film. Et, encore, des patates cœur. »

Bonus DVD :
Le petit musée des glaneuses
Le droit de glaner
Hommage à Zgougou la chatte
Post-filmun : Les Glaneurs et la glaneuse en accéléré
Post-filmun 2 : Assiettes et 1 patate
La filmographie d’Agnès Varda

Plus d’infos et commande : Ciné-Tamaris

P.-S.

2002, 142 minutes, Français, 28 €.