Exposition

Mathieu Arbez Hermoso - Chamanisme, enfermement, rock’n’roll
L’A.B.C.

par Siloé PETILLAT

L’ABC invite Mathieu Arbez Hermoso (né en 1984 à Bordeaux, vit et travaille à Dijon, diplômé des beaux-arts de Toulon et de Dijon) pour la dernière exposition de la saison 2014-2015.

Communiqué de presse :

Après des études de droit, Mathieu Arbez Hermoso étudie à l’École Supérieure d’Art de Toulon puis à l’École Nationale Supérieure d’Art de Dijon. Il participe ensuite aux projets de recherche portés par ces deux écoles : un séminaire suivi d’une publication à venir, organisé par l’école de Toulon (Lignes de tensions) et une résidence collective au Centre d’Art Contemporain du parc Saint Léger (La Grande Ourse - co-organisée par le Centre d’Art Contemporain du parc Saint Léger et les Écoles Nationales Supérieures d’Art de Dijon, de Cergy et de Bourges). Intéressé par la linguistique et nos rapports aux champs de savoirs, il construit son travail autour d’une critique lexicale des pratiques artistiques et historiques contemporaines. Sans médium de prédilection, il explore cette problématique en l’articulant à des notions telles que la facticité, l’originalité, la reprise, la version, la reproduction, la traduction, la transcription, la transposition, la répétition, l’accumulation, la collection, etc. Depuis 2012, Mathieu Arbez Hermoso collabore régulièrement avec la Galerie Marine Veilleux ; co-fonde TRGNN avec Antonin Renault, un projet musical à la croisée de Walter Benjamin (pour la tâche du traducteur), de Google (pour la traduction automatique, le Big Data et le Data Mining) et d’une musique drone/metal lourde et lancinante ; travaille à la création du Yellow Bird, un Centre d’Art Contemporain dématérialisé, sans œuvres et sans auteurs et prépare un voyage/résidence de deux mois en république de Tuva pour chercher, dans les pratiques de chant diphonique, quelque chose d’une histoire postcoloniale qui nous regarde, ici.

« Une image photographique est une section dans le faisceau de rayons de la lumière réfléchissante projeté par les objets dans une portion d’espace. L’objet en trois dimensions, la photographie le restitue sur une surface plane selon les règles de la géométrie projective. En 1858, l’architecte en chef des chantiers gouvernementaux, Albrecht Meydenbauer, eut l’idée de mettre à profit ce principe optique, et de déduire de clichés photographiques les dimensions des objets. Lorsqu’il fut chargé de prendre les mesures de la façade de la cathédrale de Wetzlar, pour économiser les coûts d’un échafaudage il résolut de se déplacer le long de la façade dans une nacelle accrochée à un palan comme le font les laveurs de vitres. Un soir, pour gagner du temps, il voulut sauter de la nacelle dans une fenêtre de la tour, la nacelle s’écarta de la façade, Meydenbauer faillit être précipité dans le vide. « Dans cette dernière extrémité, j’agrippai de la main droite le jambage oblique et poussai du pied gauche la nacelle loin en arrière. Le contrecoup suffit projeter mon corps dans l’ouverture, j’étais sauvé. […] En redescendant, il me vint cette idée : au lieu de prendre des mesures à la main, ne pourrait-on les déduire du renversement de la vue perspective fixée sur les épreuves photographiques ? Cette idée, qui écartait tout effort personnel et tout danger pour le métreur, fut à l’origine de la photogrammétrie. » […] « Cela peut paraitre incroyable à certains, mais l’expérience le confirme : on ne voit pas tout, mais on voit beaucoup de choses mieux sur un photogramme que sur place affirme Meydenbauer dans un texte par lequel il voulait encourager la création d’un fonds d’archives des monuments. Il exposa une fois encore les risques d’une station prolongée sur les lieux, fût-ce pour les mesurer. « Cette activité qui requiert un effort mental et physique considérable, expose l’architecte aux intempéries, la lumière du soleil ou la pluie tombent sur son carnet d’esquisses, la poussière dans ses yeux quand il les lève. » C’est un dégout de l’objectivité du monde qui s’exprime ici. Le mémoire de Meydenbauer suscita la fondation, en 1885, de l’institut royal prussien de photogrammétrie, le premier au monde. L’idée de mesurer d’après photographies fut reprise par l’armée, et par les conservateurs des monuments historiques – les uns détruisent, les autres préservent. » [1]

Chamanisme, enfermement, rock’n’roll est une proposition qui fait suite aux travaux entrepris avec Documents (Appartement-Galerie Interface, 2013), poursuivis avec Aucun souvenir assez solide (Galerie Marine Veilleux, 2014) et qui pourrait être lue comme une invitation à explorer l’idée selon laquelle, de façon autrement conséquente et précisément dans le même temps que l’assertion inverse, le langage produit des situations. N’est-ce pas le genre de paradigmes féconds qui nous font dire que les choses ont de l’allure ? Un appel lancé ici, comme à d’autres ailleurs : pour que la réalité commence. [2]

Chamanisme, enfermement, rock’n’roll nait, pour une part, pour BLISS#7, de la collaboration entre l’artiste et les éditions Clinamen. A bord de ce projet tout est possible et tout doit être fait pour élargir le cercle afin que ce cercle devienne ce cercle dont le centre est partout et la circonférence nulle part. dliss est un projet d’édition hybride et sans fin qui se positionne à la limite de l’objet et du virtuel. Curatée par Ceel Mogami de Haas, la collection co éditées par ActiveRat et Clinamen prend la forme d’une série de fonds d’écran et de pièces sonores téléchargeables.

Plus d’info :
- site de l’ABC
- site de Mathieu Arbez Hermoso

P.-S.

- Exposition du 19 mai au 8 juillet 2015 ; entrée libre
- Vernissage le jeudi 21 mai 2015 à 18h
- Ouvert du mardi au samedi de 13h à 18h
- L’ABC, 4 passage Darcy 21000 Dijon (tram T1 ou T2 arrêt Darcy)

Notes

[1Harun Farocki. Il serait temps que la réalité commence - Reconnaître et poursuivre, Ed. Théâtre Typographique, 2002

[2Ibid