Rencontres francophones en muséologie

Musées et développement durable : pour construire quel monde ?
Université de Bourgogne - Musée de la Civilisation (Québec, CA)

par Siloé PETILLAT

Serge Chaumier, Directeur du CRCM, Centre de Recherche sur la Culture et les Musées, équipe du laboratoire CIMEOS (EA 4177), et de l’IUP Denis Diderot (Université de Bourgogne), et Aude Porcedda, Chargée de recherche au Musée de la Civilisation à Québec sur la question du développement durable, organisent les 4 & 5 mars 2010 un séminaire qui associe réflexion, formation et publication sur le thème du développement durable dans le cadre des musées.

Communiqué de presse :

Contexte

Ce colloque international s’inscrit dans un cycle de rencontres organisées chaque année depuis quatre ans à l’université de Bourgogne autour des thématiques patrimoniales, muséologiques et des politiques culturelles. Le séminaire a pour vocation de mêler les publics professionnels, les chercheurs et les étudiants en voie de professionnalisation dans les métiers culturels. Les rencontres donneront lieu à une publication liée au thème, comme les années précédentes (sur les patrimoines en 2007, sur le Centre d’interprétation en 2008, sur les PSC en 2009).

Objectifs

Insérées dans la cité et partie prenante du développement culturel, mais aussi civique, affirmant leurs rôles et leurs responsabilités, les institutions muséales sont nombreuses à s’interroger sur la manière d’intégrer les problématiques du développement durable. Ces rencontres ont pour objectif de faire se croiser des regards et des expériences en la matière, en invitant à une plateforme internationale francophone qui permette d’établir un bilan des actions conduites jusque-là et des actions envisagées pour l’avenir. Il s’agit à la fois de repérer les problématiques en jeu, de soulever les questions que se posent les professionnels, de confronter des points de vue et des expériences et aussi de sensibiliser les jeunes professionnels en formation en muséologie.

Afin d’être cohérent dans ses actes, ce séminaire posera des gestes écoresponsables afin de réduire l’impact sur l’environnement et sensibiliser autrement les participants.

Orientations problématiques

La quête de la performance sociale et économique dans laquelle les musées sont souvent engagés peut être indirectement responsable de la dégradation préoccupante de la transmission des valeurs, de la protection du patrimoine et de leur gestion, missions pourtant au cœur de l’institution de préservation qu’est le musée. Ces institutions modernes ont la responsabilité de conserver, de découvrir et de partager les connaissances de la nature, de l’art ou encore de l’histoire. Cependant la course à la fréquentation, le tourisme de masse généré, la gestion marketing visant à générer des recettes avec des produits dérivés, sont autant de contradictions potentielles avec la recherche d’un développement soutenable. De plus, les enjeux environnementaux ne sont plus seulement confinés aux problématiques de préservation et de sensibilisation des publics, ils ont des répercussions sur l’économie générale d’une politique d’établissement, sa crédibilité et sa notoriété, son image, ses choix d’investissement et de développement, la gestion des ressources humaines et matérielles...

Aujourd’hui, beaucoup cherchent à œuvrer dans le respect de la philosophie du développement durable de manière à assurer la pérennité et la viabilité des lieux qui signent leur notoriété. Or, les mutations en cours sont paradoxales comme le prouve l’augmentation des inégalités observée entre les musées en Occident depuis trente ans et la précarisation des conditions de survie d’un nombre grandissant de grands musées – publics et privés – de la planète. Les questions de survie économique des institutions et de leur niveau de développement peuvent venir en contradiction avec d’autres exigences, notamment environnementales. Il convient de chercher à combiner des ressources financières annoncées en baisse à l’avenir et des exigences maintenues pour ce qui concerne les missions fondamentales, mais aussi les nouvelles préoccupations liées au développement durable. Un modèle est sans doute à inventer qui se cherche présentement, et sur lequel de nombreuses institutions s’interrogent.

Dans ce contexte, nous pouvons nous demander comment les universitaires, les professionnels et les parties prenantes des musées vont intégrer les multiples enjeux sous-jacents à la mise en œuvre du développement durable, gérer les contradictions en lien avec la mission du musée ainsi que les problèmes éthiques inhérents à un tel changement. Jusqu’où ces questions remettent en cause les options choisies jusque-là et les missions du musée ? Quelle place et quel rôle les musées veulent prendre dans les changements sociétaux et éthiques en cours ? Faut-il inviter à la prudence envers les risques engendrés par une croissance indéterminée comme l’a fait le Club de Rome dès 1972, et même s’engager sur la voie d’une décroissance ? Faut-il maintenir des moyens importants en vue d’une prise de conscience et d’une sensibilisation de population qui mettra en œuvre ailleurs les préceptes ? Ou bien, est-il préférable de viser un compromis entre implication communautaire et préservation de l’environnement ? Jusqu’où remettre en cause l’impératif de développement des musées ? S’agit-il simplement d’effectuer un travail d’ajustement ou faut-il chercher ni plus ni moins à sortir de cette logique ? Selon l’option choisie, comment s’y prendre concrètement ?

Telles sont les questions essentielles qui sont soumises au débat dans le cadre de ce colloque et de ces ateliers, qui se dérouleront les 4 et 5 mars prochains à l’Université de Bourgogne (France). Les communications aborderont ces questions au travers d’exemples concrets et les lieront aux réflexions plus générales sur le sujet. Aussi le séminaire s’adresse à toute personne s’interrogeant ou ayant développé une réflexion sur ces questions, quels que soient son activité, son statut et son éventuelle spécialité.

Axes des rencontres

Outre le cadrage problématique et les approches globales concernant le développement durable / soutenable, trois axes seront conjugués durant ces rencontres pour mieux comprendre comment les musées peuvent s’inscrire dans une action volontaire et raisonnée.

1) La question des contenus informationnels et de la sensibilisation des populations au travers des expositions, et plus largement des actions culturelles conduites constituera une première séance de travail. Différentes approches ayant pour vocation de sensibiliser au développement durable seront mises en parallèle.

2) Une seconde séance de travail concernera les outils techniques utilisés pour concevoir, développer et réaliser des propositions d’exposition mettant en œuvre les principes mêmes du développement durable. Comment éviter d’utiliser des matériaux peu respectueux de l’environnement ? Jusqu’où aller dans cette voie, quels compromis peut-on s’accorder ? Faut-il revoir plus profondément la façon de faire des expos, ou le design auquel nous a habitués la muséologie des vingt dernières années ? La question de la restauration, mais aussi des produits boutiques pourront faire également l’objet d’une réflexion particulière.

3) Le troisième axe concerne les politiques d’établissement et les effets sur la gestion en interne des équipes, des modes de travail, des aménagements des espaces et de leurs usages. Si cet aspect est moins visible pour le public, il est néanmoins important pour sensibiliser les personnels et créer un climat propice à rendre cohérents les messages et la façon de vivre l’institution.

Il conviendra de s’interroger de manière transversale sur les politiques possibles dans tous les établissements, quelque soit leur histoire ou leur orientation thématique. Toutefois, une attention particulière sera portée aux muséums d’histoire naturelle et aux écomusées et musées de société, qui devraient être voués à faire du développement durable un point fort de leur politique.

Finalités

Cette rencontre cherche à atteindre cinq objectifs :
- partager des pratiques innovantes de part et d’autre de l’Atlantique en termes de conservation, d’éducation, de recherche et de gestion ;
- créer et maintenir des liens privilégiés et durables entre les communautés, les professionnels, les chercheurs et les musées ;
- améliorer les compétences dans la gestion des fonctions muséales clés ;
- questionner les normes professionnelles en termes de développement durable ;
- organiser un événement écoresponsable pour réduire nos impacts environnementaux et sensibiliser la communauté universitaire.

Les outils de partage des savoirs seront variés :
- 1 colloque de réflexion,
- 1 formation sous forme d’ateliers ouverts aux étudiants, professionnels et communautés,
- 1 publication dans la revue de l’OCIM.
Ce projet se fera en collaboration étroite avec des partenaires universitaires et des associations.

Les prolongements

Développement d’un corpus de connaissances et d’enseignements suite à la réflexion et aux ateliers de formation. Publication d’un document avec l’OCIM, et mise en ligne des débats conduits lors du séminaire. Les professionnels, les communautés et les étudiants pourront participer et bénéficier de cette réflexion conjointe sur les trois enjeux du Développement durable : économie, environnement et social.

L’échange inter-universitaire

Le séminaire est ouvert dans sa collaboration franco-québecoise aux institutions culturelles mais aussi au partenariat entre les deux formations de muséologie de Dijon et de l’UQAM Montréal. Un dossier sera déposé à l’OFQJ pour que des étudiants de maîtrise ou doctorat de Montréal puissent être invités, accompagnés d’Aude Porcedda, pour rendre compte du séminaire auprès de leur université, affirmer le lien entre les deux structures et s’en faire relais auprès des publics étudiants des deux universités. Par ailleurs, le séminaire est ouvert dans le cadre du PRES aux étudiants de l’Université de Franche-Comté, et dans le cadre du partenariat aux étudiants de la formation du Muséum d’histoire naturelle de Paris.

Le Développement durable au sein du séminaire

Pour sensibiliser particulièrement les acteurs de l’université et inscrire une cohérence au sein même du séminaire, notons que les repas et pauses seront prévus avec des produits biologiques et issus du commerce équitable. Par ailleurs, une table d’information et un point librairie apporteront des compléments d’information sur ces thématiques aux participants.

L’impact environnemental sera réduit au maximum et une démarche écoresponsable engagée pour réduire l’émission en Co2. Une demande de conversion des coûts Co2 relatifs à l’organisation du séminaire, notamment aux transports, est proposée à des partenaires sponsors s’engageant à un versement équivalent à un organisme de sensibilisation au développement durable.

Programme

- 10h : Inscriptions et accueil
- 10h30 : Mot de bienvenue :
Philippe Amiotte-Suchet, chargé du DD à l’Université de Bourgogne
Monsieur Le Maire, François Rebsamen, Ville de Dijon ou son / sa représentant(e)
Monsieur le Président du Conseil Régional de Bourgogne ou son représentant, M. Pierre Perrier
Jean-Patrick Masson, Président d’Alterre-Bourgogne
Serge Chaumier et Aude Porcedda
- 11h : Introduction générale : Qu’est-ce que le développement durable ? Régis Dick, directeur d’Alterre-Bourgogne.
- 11h30 : Les musées et le développement durable : Aude Porcedda, Les enjeux dans les musées

Séance 1 :
- 13h45-16h15 : Exposer des thèmes liés au développement durable
animateur table : Louis-Jean Gachet, Directeur de l’OCIM
Anne Gagnebien, doctorante et Beatrice Jalenques- Vigouroux, Maître de conférences, Institut des sciences appliquées de Toulouse
Marie-Christine Hergault, Muséographe, Cité des Sciences et de l’Industrie.
Marie-Hélène Contal, Commissaire associée, Cité de l’architecture et du patrimoine
Michael Liborio, Responsable de la régie, Musée de l’ile d’Oléron
Martine Bernier, Directrice de la formation, Société des musées Québecois, Montréal

Pause

- 16h30-18h30 : Concevoir en respectant les principes du DD
animateur table 1 : Gérard Ferrières, Conservateur en chef, Muséum de Dijon
Eve Arachtingi, Scénographe, Cité des Sciences et de l’Industrie
Anne-Hélène Rigogne, Adjointe du service des expositions, BNF Bibliothèque Nationale de France
Nadine Salabert, Directrice, Agence Altermuséo
Gilles Carpentier, Directeur général d’EANA
Olivier Bouviala, Responsable du Patrimoine naturel, Direction des Parcs, Jardins et Paysages, Conseil général 92
- 18h30-19h : Débats
- 19h : Pot de bienvenue à la Mairie de Dijon

Séance 2 :
- 9h-10h30 : Innover dans les projets de rénovation et création architecturale
animateur table 2 : Annette Viel, Consultante (Québec)
Charles-Mathieu Brunelle, Directeur général, Muséums nature de Montréal
Sophe Jugie, Conservatrice musée des beaux-arts de Dijon & Les Ateliers Lion / Transolar, agence
Michel Côté, Directeur général, Musée des Confluences
Nathalie Puzenat, Chef de projet dans la cellule de rénovation du Palais de la découverte

Pause

- 10h45-12h30 : Intégrer le DD dans une politique d’établissement
animateur table 3 : Johanne Landry, Directrice du Département des Galeries (Grande Galerie de l’Évolution,. Galeries d’Anatomie comparée et de Paléontologie), Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris.
Andrée Gendreau, Directrice de la recherche, de l’évaluation et de la veille muséologique, Musée de la Civilisation
Patrick Paré, Directeur, éducation, recherche et environnement, Zoo de Granby (Québec)
Marie Spinelli-Flesch, Conservatrice, Musée Comtois
Jean Langlais, Directeur général, Biosphère Montréal

Séance 3 :
- 13h45-16h30 : Sensibiliser au DD : Le développement durable une des clés du développement ?
animateur table : Patrice Notteghem, Chargé de mission développement durable à la communauté urbaine du Creusot-Montceau : l’agenda 21 et l’ERE
Pierre Dhenin, Directeur général, Espace naturel Lille Métropole
Hugues de Varine, Consultant en développement local et communautaire
Catherine Ballé, Directeur honoraire, CNRS

Conclusion du séminaire : Synthèse par Yves Bergeron, Professeur et Directeur du programme de muséologie, Université du Québec à Montréal.

Expérience en matière de coopération internationale et locale

Depuis 2001, des échanges et des collaborations existent entre les musées tels que les Muséums nature de Montréal, le Muséum national d’Histoire naturelle, le Musée de la civilisation. Des collaborations scientifiques et professionnelles se sont également développées depuis plusieurs années entre le LAMIC, la SMQ, l’OCIM et le CRCM, et plus spécifiquement entre l’UQAM à Montréal et l’Institut Denis Diderot.

Ces actions ont permis de créer un climat de collaboration entre les deux pays et de confirmer l’importance du positionnement des musées et des laboratoires universitaires face à la problématique du rôle et de la place des musées dans la société. Le choix d’ouvrir la rencontre aux communautés et aux étudiants permettra d’apporter une autre dimension à la réflexion et à la mise en œuvre. Le projet permettra la mise en place d’une dynamique de concertations sur ce thème, porteuse de développements et de partenariats ultérieurs, et d’une publication afin de diffuser les apports des rencontres.

Les publics cibles (France, Québec, Belgique, Suisse), sont en priorité le personnel des musées, les groupes de recherche universitaires, les associations muséales, les étudiants et les membres des communautés intéressées par cet objet et cette question. De plus, avec la diffusion des actes du séminaire et des outils issus des ateliers sur internet, les citoyens francophones auront accès aux réflexions critiques et aux apports générés par les rencontres.

Dynamiques universitaires

Les étudiants des formations culture - muséologie de quatre institutions, les étudiants de l’Université de Bourgogne, de l’Université de Franche-Comté dans le cadre du PRES, et une représentation étudiante en doctorat international de muséologie de l’UQAM à Montréal seront réunis à cette occasion.

Un projet pédagogique sera conduit durant l’année universitaire avec les étudiants de muséologie pour réaliser une petite exposition sur les musées et le développement durable, présentée à l’occasion du colloque international.

Inscriptions

Gratuité pour les étudiants et enseignants chercheurs de l’UB et des universités partenaires.

Pour les professionnels, une inscription de 100 euros pour les deux jours est demandée pour les frais d’organisation.

Partenaires

OCIM, SMQ Société des Musées Québécois, Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris, Muséum d’Histoire Naturelle de Dijon, Zoo de Granby Québec, EANA, Terre des possibles, Biosphère de Montréal, Musée de la Civilisation Québec, OFQJ, Office franco-québecois pour le jeunesse, Ville de Dijon, Conseil Régional de Bourgogne, Centre Georges Chevrier et MSH - Université de Bourgogne, UFR Lettres, Ecole Doctorale - Université de Bourgogne, Université de Franche-Comté, UQAM, Université du Québec à Montréal

Plus d’info : site de l’IUP Denis Diderot

P.-S.

- Séminaire le jeudi 4 mars 2010 de 10h à 19h et le vendredi 5 mars 2010 de 9h à 17h
- Gratuit pour les étudiants et enseignants chercheurs de l’Université de Bourgogne et des universités partenaires, 100 € pour les professionnels
- Amphithéâtre Drouot, ancienne faculté des lettres, 36 rue Chabot Charny, 21000 Dijon (Bus Divia L5 ou L6 arrêt Petit Potet - BM)