Exposition

Niek van de Steeg - PMMP*
Interface

par Florian BOURGEOIS

Du 7 juin au 26 juillet 2008, Interface invite Niek van de Steeg, artiste d’origine hollandaise né en 1961. Il vit à Lyon où il enseigne à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts et a participé à de nombreuses expositions en Europe.

*Petite Maison de la Matière Première

Communiqué de presse :

« La PMMP* est une construction de béton qui se trouve au sommet d’une colline artificielle. Le bâtiment se compose de deux étages en sous-sol et quatre en surface. Chaque niveau se compose lui-même de trois panneaux de haut et quatre de large. Chaque panneau mesure 118 x 118 cm (un étage mesure donc 3,54 m de haut et 4,72 m de large).
Les étages ne se visitent pas mais servent uniquement au personnel. Celui-ci est constitué d’une dizaine de personnes qui travaillent à la réalisation d’expositions en perpétuel accrochage et décrochage. Comme son nom l’indique, la villa de la Petite Maison de la Matière Première s’intéresse aux problématiques esthétiques, philosophiques et matérielles ayant trait à la matière première. Au fond c’est tout ! Le véritable espace d’exposition se trouve sur les façades extérieures du bâtiment. Des monte-charges sont fixés sur chaque face de la bâtisse et permettent ainsi aux murs d’images de changer continuellement. (…)

Ce matin, à la radio : Comment relever le défi des ressources rares face à la flambée des cours des matières premières ?
Sujet ô combien d’actualité, les matières premières sont, en ce moment et plus que jamais, au centre des préoccupations. Niek van de Steeg s’intéresse depuis longtemps à leur traitement, leur utilisation et leur récupération. A l’image de sa pratique, l’artiste inscrit son exposition à Interface comme le développement d’une démarche amorcée en 1994, à l’atheneum à Dijon. A l’époque, Niek van de Steeg avait travaillé avec la Communauté d’Emmaüs. Avec leur aide, il avait construit l’étage R de TGAD avec des matériaux de récupération.
Pour son nouveau projet, l’artiste a souhaité rencontrer Pierre Fernagu, directeur d’Emmaüs à Norges-la-Ville. Ensemble, ils ont soulevé la question de l’évolution du tri des matières premières depuis 1994. A l’occasion de son exposition à Dijon, Niek van de Steeg se lance de nouveau dans un projet fictif : la PMMP (la Petite Maison de la Matière Première).
L’espace ressemble au showroom d’un cabinet d’architecte. Tout y est : maquette, panneaux explicatifs, schémas, textes, données historiques, économiques et physiques. A l’identique de la maquette, les murs de l’appartement sont quadrillés d’une multitude de carrés colorés.
L’espace comprend aussi des tableaux de logos de matières premières telles que le café, le cacao, le vitriol, l’eau, le charbon…. A ceux-ci s’ajoutent des tableaux noirs explicatifs. Mais ne nous y trompons pas, il s’agit d’un projet utopique. L’artiste nous invite dans un ailleurs entre réalité et imagination.

Comme pour ses deux précédents projets, le Pavillon à Vent et la TGAD (Très Grande Administration Démocratique), la Petite Maison de la Matière Première est un projet fictif qui s’articule autour d’une architecture. L’architecture est la manifestation de quelque chose qui est à la fois un objet de contemplation et un objet utilitaire. Avec le modernisme et le constructivisme, l’architecture et l’art se sont rejoints en donnant une place très importante à l’utilitarisme. Dans la TGAD, par exemple, l’architecture n’est pas importante en soi. Ce qui importe, c’est que ce bâtiment permette d’imaginer un fonctionnement avec des gens, des contraintes, un budget, une écologie. La TGAD est un projet de société utopique. Le bâtiment de la PMMP se situe quant à lui à l’échelle du possible.
Dans l’espace d’exposition, on découvre le schéma de tri des matières premières par Emmaüs en 1994 et en 2008, un graphique indiquant les variations des cours des matières premières, un texte descriptif de la PMMP… Toutes ces informations didactiques et scientifiques sont notées sur des tableaux noirs. Le tableau noir, cet objet de transmission du savoir, est récurrent dans l’œuvre de Niek van de Steeg. La naissance du tableau noir remonte à la présentation de l’étage C de la TGAD. Le tableau noir serait un tableau en temps qu’objet de collection. Il permet à la fois de faire une image définitive, quand il est collectionné et qu’on l’encadre. Il est aussi un symbole de mon travail en mutation perpétuelle. Lorsque les tableaux sont présentés dans une exposition, ils ont un statut définitif mais après, tout est effacé. Ces tableaux ont souvent une fonction informative, pédagogique. Ils véhiculent des leçons. Comme les matières premières, ces informations peuvent être intégrées, mises en relation ou pas. C’est cette contradiction entre ce qui dure et ce qui disparaît qui m’intéresse. Rien ne disparaît tout se transforme.

Plus qu’une pratique du recyclage d’idées, projet après projet, Niek van de Steeg inscrit son Œuvre dans une véritable éthique de travail.

[...] Le travail de Niek van de Steeg se caractérise par une critique des grandes organisations avec un projet en perpétuel devenir qu’il développe depuis des années au travers d’installations. Il travaille à partir de sujets aussi variés que l’abandon des usines Renault sur L’île Seguin en 1989, la réalisation du Marché Commun de l’Europe des Douze en 1992, un Pigeonnier dans un parc public à Jinan en Chine en 2004, une agence de publicité, Le Dojo, à Nice en 2006, ou un Centre d’Art dans un immeuble Écran à Saint Fons en 2007. Cette prise en compte du lieu et du contexte s’est articulée dans la fabrication de fictions, et plus récemment des cadres de travail intitulés Structures de Corrections et depuis un an les Paradoxes. Niek Van de Steeg est venu à Dijon en 1994 pour réaliser l’étage R de la TGAD (sigle de la Très Grande Administration Démocratique) à l’Atheneum. L’an dernier, nous avons invité Niek à réaliser un des poster du numéro spécial des 10 ans du journal Hors d’œuvre.

Nadège Marreau »

Plus d’infos :
- site d’Interface
- blog de Niek van de Steeg

P.-S.

- Exposition du 7 juin au 26 juillet 2008
- Vernissage samedi 7 juin à partir de 18h
- Ouvert du mardi au samedi de 15h à 19h ; fermé les jours fériés ; visites accompagnées tous les samedis à 16h
- Interface, 12 rue Chancelier de l’Hospital, 21000 Dijon (Bus Divia L1 arrêt Buffon ou L3 arrêt Théâtre Lamonnoye)