Exposition

Richard Hawkins - Glimmer
Le Consortium

par Siloé PETILLAT

Stéphanie Moisdon a organisé pour le Consortium la première exposition monographique en France de l’artiste et écrivain Richard Hawkins. Né en 1961 à Mexia, Texas, USA, il vit et travaille à Los Angeles.

Communiqué de presse :

Cette première monographie de l’artiste américain Richard Hawkins en France est l’occasion unique de découvrir une œuvre aussi complexe que sophistiquée, l’étrangeté de cet univers homosexuel fait de distorsions, de découpes, de dissections, de décapitations… et d’épiphanies picturales.

Hawkins développe dès le début des années 90 une pratique du collage héritée de la tradition du cut-up de Brion Gysin qui exploite avec violence les mythes échoués de la contre culture américaine. Le collage est pour lui un espace du double, de l’expansion, de l’indécidable, du transitoire, de l’éphémère et de l’instable. Il est le fondement de l’ensemble de son travail : peintures, sculptures, assemblages, livres et tumblr saturés d’images pornos vintages ou d’expositions virtuelles d’autres artistes. Toute l’œuvre de Hawkins est traversée par le point de vue d’un voyeur, cruiser, chasseur désirant, s’arrêtant sans distinction sur l’espace fantasmatique des mythologies anciennes et contemporaines, feuilletant les magazines d’art anciens avec autant de frénésie qu’il ne traque les garçons au coin d’une rue. Sans jamais chercher à créer de liens entre ces différents récits, pratiques et médias, Richard Hawkins ne laisse subsister qu’une indulgence constante à l’égard de ses sujets, le simple plaisir de la fascination et de l’émerveillement. La beauté juvénile de Matt Dillon, l’ombre de Lautréamont et la gestuelle disloquée de l’inventeur du Butoh Tatsumi Hijikata sont traitées avec autant de joie, de grâce et de vulgarité que ses autres obsessions : les représentations de la Grèce antique, la sculpture romaine, la littérature décadente française du 19ème siècle, le symbolisme de Gustave Moreau, l’histoire des indiens d’Amérique, les zombies, les maisons hantées, les théories post-structuralistes ou encore le tourisme sexuel Thaïlandais.

L’exposition conçue pour le Consortium se déploie autour d’œuvres réalisées ces trois dernières années, la plus récente étant Smut Palace que Hawkins perçoit comme “une résidence idéale pour un vieil homme très très sale”. Smut Palace est une pagode de cinq étages composée de bois et de carton. Bien que paraissant abandonnée, sa base laisse apparaître trois inscriptions commerciales racoleuses : “Massage”, “Head Shop” et “Adult Arcade”. Sculpture tridimensionnelle par excellence, le spectateur est invité à regarder l’intrication de détails qui émaille son intérieur : escaliers sinueux, bar à cocktail, vêtements sales pendus sur une corde à linge. Au-delà du voyeurisme, d’une fiction dystopique sur le désir, ce petit théâtre vide porte en lui une question plus formelle et non résolue sur l’intériorité de la sculpture.

L’exposition est composée d’un des plus grands ensembles de la série des Salome Paintings, intérieurs confinés qui pourraient représenter les activités quotidiennes du Smut Palace. Les couleurs vives appliquées en bande sur le mur sont rendues poisseuses par les décharges répétées de la sueur et de l’excitation. Un gigolo torse nu fume une cigarette lascivement à côté d’un glory hole. Une tête de zombie, représentation d’un consommateur trahi par une prostituée cruelle, lévite dans les airs, mort mais encore cupide et ardent, toujours désirant. La référence à la Salomé de Gustave Moreau est évidente mais les corps bouffis dépouillent le gothique de son merveilleux. Ils deviennent saturés par l’atmosphère capiteuse des bordels, du cruising nocturne de Genet et de Rechy ou encore de Fassbinder dans Querelle. Ces intérieurs humides sont repris dans la série des Night paintings. Les murs sont cette fois ornés d’une galerie de portraits d’hommes nus, de visages difformes d’ancêtres ou de grand-mères et de pinkboys gisant en odalisque. Un bidon tricolore crache de la fumée âcre dans le coin d’une pièce.

Une autre série, celle des Brig et Vault Paintings reproduit des portes en acier dont les sutures quadrillent géométriquement la surface du tableau à la manière d’une machine tirée d’une fiction steampunk ou d’un vaisseau de Georges Méliès. Des micro-peintures sont insérées dans cette composition. Alors que les Vault exploitent des intérieurs écrasés par la multiplication de formes et de couleurs, les Brig reprennent les scènes lubriques exploitées dans la série des Nights Gallery. Les titres varient, entre le constat (Smoke), l’injonction violente (Not under my roof, you’r not) et le néologisme salace (Cumpire).

La seconde sculpture présente dans l’exposition est celle d’une maison hantée appartenant à la série des Dollhouses initiée en 2007. Construite sur plusieurs mois par ajout et collage de détails successifs, elle forme un agrégat de gestes méticuleux qui confine à l’obsession d’un bricoleur. Alors que les inspirations de Richard Hawkins sont généralement affiliées à une forme de préciosité (dans les multiples références à la littérature décadentiste, au symbolisme de Huysmans ou à l’occultisme du XIXème siècle), House of Capriccio est une évocation plus agitée et fleurissante du registre gothique, une capriccio inspirée de Guardi et Canaletto.

Présentée pour la première fois à la Whitney Biennale en 2012, la série de collages Ankoku s’inspire des écrits et des cahiers de notes de Tatsumi Hijikata entreposés dans les archives du KUAC à Tokyo. Bien que le projet Ankoku commença par la transcription et la traduction relativement fidèle des collages du chorégraphe autour de Dubuffet, Francis Bacon et du Guernica de Picasso qu’il découpa dans les magazines d’art, le processus bifurqua rapidement de la recherche à l’inspiration puis à l’élaboration et l’expansion d’une pensée paralogique. Ces collages peuvent servir de métaphore pour l’ensemble de sa pratique : ce qui débute par une fascination (pour l’art d’un autre, pour un modèle, pour l’esthétique gotho-érotique, pour les détritus culturels abandonnés et pour les minets) dérive dans les méandres à la fois sensuels et sombres de la culture, région où persiste les derniers éclats d’une célébrité, ou plutôt des lueurs dont les scintillements sont saisis comme autant de bijoux, à la fois ésotériques et brillants.

Plus d’info : site du Consortium

P.-S.

- Exposition du 12 octobre 2013 au 26 janvier 2014
- Vernissage le vendredi 11 octobre 2013 à 18h
- Ouvert du mercredi au dimanche de 14h à 18h (20h le vendredi)
- Visites commentées : pour adultes le vendredi à 18h30 et le samedi à 16h, pour enfants (accompagnés d’un adulte) le mercredi à 15h
- Tarif d’entrée : 4 €, gratuit sur présentation d’un justificatif pour les moins de 18 ans, les demandeurs d’emploi (carte pôle emploi), les bénéficiaires du RSA, les invalides, les étudiants et les enseignants spécialisés (histoire de l’art, beaux-arts, arts décoratifs, architecture), les journalistes (carte presse), les critiques d’art (carte AICA), les artistes (carte Maison des artistes), et pour tous le vendredi à partir de 17h
- Le Consortium, 37 rue de Longvic 21000 Dijon (bus Divia L5 ou L12 arrêts Wilson ou De Musset)