Exposition

Robert Milin - Solutions pratiques et Solutions non pratiques

Interface

par Siloé PETILLAT

Interface présente une exposition personnelle de Robert Milin, Professeur en Art, Art et Espace Public, Art et Pratiques Documentaires à l’ENSA Dijon et artiste.

Communiqué de presse :

Depuis une vingtaine d’années les œuvres de Robert Milin s’articulent toujours autour de deux principes, souvent suivi d’un troisième qui peut prolonger et étendre les deux premiers :
- le principe de rencontre avec des gens.
- le principe d’emprunt de pratiques spécifiques de gens.
- le principe de mouvement de l’œuvre (évolution possible mais non obligatoire par l’action des gens).
Ses œuvres sont toujours réalisées avec les composantes d’un espace ou d’une pratique de gens.
Ces composantes sont des « objets physiques » (architectures, espaces, végétaux, constructions diverses) et/ou des « objets- process » (attitudes personnelles ou sociales de gens, initiatives, gestes, paroles, écrits, attitudes, sons).
Il a créé de nombreuses œuvres in situ mais aussi des œuvres vidéo, des œuvres sonores, des installations.

À la galerie Interface, Robert Milin présente pour la première fois une exposition entièrement consacrée à son œuvre intitulée : Solutions Pratiques et Solutions Non Pratiques.

Vue de l'exposition Solutions pratiques et Solutions non pratiques, de Robert Milin, à Interface - 2015

Le fil conducteur de cette œuvre est la solution pratique, c’est-à-dire une petite invention permettant de régler un problème dans l’espace du quotidien (cuisine, salle de bain, chambre jardin…). Ce problème sans être intime est suffisamment particulier pour que le design ne s’en soit pas emparé. Pour Solutions Non Pratiques, les inventions cette fois-ci sont plutôt constitutives de « ratés » et d’équivalents à l’idée du « provisoire qui dure ».
Cette œuvre se construit depuis 2006 et continue de s’enrichir au fil des rencontres. Elle est constituée des trois éléments suivants et ceci pour chaque solution présentée :
- une courte vidéo, où la personne qui a inventé la solution, présente d’abord brièvement le problème qui s’était posé pour conclure avec l’astuce imaginée dans le lieu.
- l’objet exposé sous capot en plexiglas
- un dessin aquarellé de Robert Milin illustrant la solution, accompagné d’un texte reprenant les paroles de la personne.
À la galerie Interface, pour la première fois, les trois composantes de cette œuvre seront présentées ensemble.
Les brèves vidéos, au ton léger exposent les problèmes et les solutions, tout ceci en quelques minutes. L’aquarelle laisse place à l’imaginaire de chacun quant à la mise en action possible de la solution. Enfin l’objet est présenté un peu à la manière des pièces de collections dans les musées d’arts et traditions populaires. Les solutions sont accompagnées, chacune d’un cartel/mini notice indiquant leur origine, leur fonction, la date de création, et le nom de l’inventeur.

« La réalisation des œuvres de Robert Milin n’est envisageable que sous certaines conditions. Ces restrictions ne s’appliquent pas aux choix de matériaux ni au recours à des moyens et des techniques spécifiques, à tel point que l’on peut considérer l’ouverture aux formes et aux médias les plus divers comme l’une des singularités de ce travail. On y trouvera des pots de fleurs (Sculpture de trottoir), des agrumes et des végétaux (Jardin aux habitants), des enregistrements sonores et visuels de cris et d’appels (Allez viens-donc !), des vidéos tournées à domicile (Solutions non pratiques), des portraits de travailleurs en studio (Portraits de contrôleurs de la SNCF), des objets quotidiens, des animaux, des tournages, des plantations, des objets… L’inventaire pourrait se poursuivre ainsi longtemps, qui ne permettrait pas de tracer une ligne reliant entre eux ces différents projets sur un registre matériel ou formel, mais inviterait à considérer ce qu’ils partagent sur un plan humain. Car pour que chacun de ces projets puisse se faire, il faut nécessairement qu’une rencontre ait lieu entre Robert Milin, artiste et initiateur des projets et des individus susceptibles de les mettre en œuvre. Ces personnes sont des « participants », au sens où l’on distingue, particulièrement dans le domaine théâtral, le participant de l’acteur, en premier lieu parce qu’il n’a pas de rôle à interpréter, sinon le sien propre. Or, si le participant ne joue pas de rôle, il doit cependant observer les règles d’un jeu, qui déterminent le cadre de ses actions (le terme de « cadre », à entendre comme ensemble de règles, étant par ailleurs souvent mobilisé dans ses propos par l’artiste). »
Extrait du texte de Christophe Kihm Robert Milin, La justesse sociale, 2009

Vue de l'exposition Solutions pratiques et Solutions non pratiques, de Robert Milin, à Interface - 2015

Delphine Suchecki : Dans tes œuvres tu ne t’attaches à aucun médium et pourtant tes projets s’inscrivent tous dans une même esthétique empruntant aux pratiques populaires. As-tu mis en place des principes de mise en forme ?
Robert Milin : Je ne recherche pas un medium d’élection. Je ne cherche pas non plus une esthétique populaire car je ne veux rien idéaliser à cet égard. Je mets en forme mes projets selon les situations d’interrelation de personnes à un milieu. La forme résulte des situations rencontrées. Certaines œuvres se présentent sous la forme de dessins, d’aquarelles, de photographies, de textes, de vidéos et dans ce dernier cas avec souvent une place importante faite à la dimension sonore. Mes œuvres peuvent aussi prendre l’aspect de sculptures ou d’installations, interagissant avec le contexte. Alors elles modifient ou interpellent le site, assumant toutes les contradictions possibles.
DS. : Quelles contradictions ?
RM. : Par exemple la contradiction entre l’architecture distinguée du 16ème arrondissement à Paris, rue de la Manutention, où les habitants n’ont aucune pratique extérieure de convivialité et la forme de la sculpture sociale, Jardin aux habitants, que j’ai créée au Palais de Tokyo. Face à mon œuvre les passants s’arrêtent, discutent avec les personnes intervenant dans le jardin. Ces dernières y font des pique-niques, y cultivent des poireaux et des choux, ou y élèvent des poules qui pondent des œufs sur place. Ou encore la contradiction entre mes éléments de la Sculpture de Trottoir - au centre ville historique de Dijon - et l’ambiance générale tout autour. Ici, des paroles de gens réécrites et des photographies, placées sur écriteaux, sont nichées dans des bacs de terre et de bois, déposés sur le trottoir. Ces éléments plastiques viennent interpeller l’omniprésence de la propagande publicitaire alentours, comme le silence sépulcral des passants qui se méfient les uns des autres.
DS. : Tu dis que tu ne recherches aucune esthétique pourtant le plus souvent tes œuvres inventent des formes similaires. Elles s’inscrivent dans des formes de bricolage inventif et de qualité qu’il s’agisse des piquets de « Attention, Chien Léchant ! » ou dans des studios improvisés, dans chaque lieu, pour les enregistrements vidéo de tes portraits. Tu sembles donc t’inscrire plus dans une esthétique ordinaire que dans une esthétique qui magnifie l’objet ?
RM. : C’est exact, même si je ne recherche pas directement une esthétique. Je m’attache à une économie de moyens et parfois à une discrétion. Je ne veux pas en rajouter dans un monde saturé de belles images, de beau design et de beaux signes de toutes sortes. Ces beautés là, me semblent gênantes au bout d’un moment.
DS. : Pourquoi te semblent elles gênantes ?
RM. : Parce que nous sommes dans un monde où le système du marketing et de la propagande commerciale, instrumentalise de plus en plus la beauté des images et des objets, pour aller vers un monde de désirs artificiellement construits, destinés à faire vendre toujours plus. Pour moi être artiste c’est prendre conscience de cela, c’est garder son indépendance et élaborer une œuvre qui prenne ces distances avec ce système.
Extrait de l’Entretien Robert Milin – Delphine Suchecki, in Robert Milin, Editions L’une & L’autre, 2010

Vue de l'exposition Solutions pratiques et Solutions non pratiques, de Robert Milin, à Interface - 2015

À propos de Solutions Pratiques
« Dans son œuvre vidéo, Les solutions pratiques, Robert Milin chasse les petits inventeurs et les regroupe dans la famille des bricoleurs qui ont trouvé une astuce, une solution pratique à un problème domestique, par exemple un bas de nylon entortillé entre les deux poignées d’une fenêtre laisse passer les bourrasques de vent sans pour autant faire claquer les fenêtres. Le contrat avec la caméra est le même, les bricoleurs font face à l’objectif pour présenter leurs trouvailles. Leur intérieur de maison se transforme en studio de télé achat, le temps de cette démonstration. Remarquons : que le décor soit réel, comme ici, ou dans un studio au fond blanc, Robert Milin retranscrit toujours des hétérotopies. Nous assistons à des scénettes de présentation d’objets fantaisistes, faits main et utilisant des moyens détournés. Une gamme hétérogène de production dont on peut tirer une règle : le bricoleur doit toujours se contenter de tout ce qui est à portée de main. Tous les petits films de présentation sont de véritables perles de culture sauvages, les solutions pratiques surgissent de façon spontanée, indépendamment des us et coutumes. Dans la cuisine d’une ménagère, nous découvrons avec ravissement qu’une baguette de bois plastifiée de ruban adhésif blanc est coincée entre la gazinière et le plan de travail par un journal froissé. C’est une solution pratique qui évite que des aliments, entre autres choses, se glissent entre les deux éléments de la cuisine. L’invention est ce papier journal qui, en se dépliant dans une dynamique interne, bloque la baguette par le dessous. Cette dynamique physique du papier journal, qui se déplie, a désormais une fonction nouvelle. Le papier journal était déjà là et n’avait pas été spécialement conçu dans un souci de coincer une baguette de bois entre deux éléments de la cuisine ; désormais il peut être utilisé pour toutes les opérations du même type. Nous assistons à l’acquisition d’une connaissance, quoique simplette, mais non moins efficace, sur les propriétés mécaniques du papier journal. Cette invention confirme cette vision du bricolage donnée par Lévi-Strauss dans The Savage Mind comme d’une « science première » et non comme « une science primitive ».
Extrait du texte de Jean-Marc Chapoulie, in Robert Milin, Editions L’une & L’autre, 2010

Plus d’info :
- site d’Interface
- blog de Robert Milin


- Exposition du 13 juin au 20 septembre 2015 ; entrée libre
- Vernissage le samedi 13 juin 2015 à partir de 18h
- Ouvert de 14h à 19h du mercredi au samedi et sur rendez-vous ; fermé du 21 juillet au 24 août 2015
- INTERFACE appartement / galerie, 12 rue Chancelier de l’Hospital 21000 Dijon (bus Divia L6 ou 11 arrêt Saumaise, Buffon ou Bibliothèque)

Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé | Statistiques | visites : 1178091

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Archives  Suivre la vie du site 2015  Suivre la vie du site Juin   ?

Site réalisé avec SPIP 1.9.2i + ALTERNATIVES + Hébergement : Agence interactive i-com + Gestion : Association position: relative;

Creative Commons License