Exposition

Simone Rueß - appartement
Interface / Maison de Rhénanie-Palatinat

par Florian BOURGEOIS

Simone Rueß observe les structures des villes et explore ses caractéristiques avec différentes perspectives. Elle s’est particulièrement intéressée à analyser comment les habitants peuvent être déterminés par l’espace urbain. L’exposition a également lieu à la Maison de Rhénanie-Palatinat (vernissage le samedi 6 avril 2013 à 12h).

Simone Rueß, L‘espace de mouvement, atelier à Paris, 2012/2013

Communiqué de presse :

L’idée selon laquelle l’intérieur de nos habitations serait un élément révélateur de notre personnalité est largement plébiscitée. Les éléments de décorations qui le composent, la couleur des murs, la présence ou l’absence de livres sur les étagères, font alors figures d’indices. Simone Rueß aurait plutôt tendance à penser que c’est notre manière d’habiter cette surface qui est source d’informations. Simone Rueß aime à penser l’espace, qu’il soit concret ou abstrait, comme un univers sensible, créateur de sens. Cette manière de concevoir notre environnement spatial est proche de celle prônée par l’architecte Yona Friedman qui envisageait toutes ses créations comme des formes mouvantes, ne pouvant être complètes sans une présence humaine. A la croisée de l’anthropologie et de la sociologie, sa démarche artistique s’exprime sur le mode de l’empirisme. Elle expérimente l’espace à travers son corps. Dans sa série de dessins représentant son appartement, Simone Rueß consigne ses déplacements à l’aide de traits. Ces derniers finissent par se superposer de telle manière qu’ils en deviennent presque illisibles. Elle enregistre également, dans une vidéo intitulée Pfanne, les déambulations des badauds sur une place commerçante de la ville de Varsovie en Pologne. Au fur et à mesure que la vidéo avance, des traits de couleurs variées viennent souligner les différents chemins empruntés par les promeneurs. Des « parcours de marche » deviennent alors visibles, mettant en avant notre utilisation de l’espace qui se structure inconsciemment et nous entraine à emprunter toujours les mêmes chemins. La relation que nous entretenons avec notre espace de vie est de l’ordre de l’inconscient. En prise avec le quotidien, nous effectuons les mêmes trajets, parcourons les rues de nos quartiers sans même prêter attention à ce qui nous entoure. Nous ne voyons que construction pratique là où Simone Rueß perçoit un indicateur des valeurs de notre société. Ses œuvres mettent en avant l’architecture comme élément constitutif de notre culture. A l’instar du théoricien Henri Lefebvre, Simone Rueß insiste sur le rôle primordial de l’Homme au sein de l’organisation spatiale des territoires en le positionnant au cœur de son travail. (Clothilde Morette)

Simone Rueß ne recherche pas à capter une image neutre et contre-nature de la ville, elle laisse sa subjectivité la guider dans chacune de ses expériences citadines. Elle s’est intéressée aux individus habitants à Varsovie. Le Varsovie des vendeurs de journaux dans les kiosques, le Varsovie des employés du Palais de la Culture et des Sciences, le Varsovie des vendeurs de nappe à motifs dans la rue. Elle les a observé au cœur de Varsovie. En analysant le mode de vie des gens de cette ville, Simone Ruess s’interroge elle-même : Elle essaie de déceler à quel point, en tant que nouvelle venue, elle se voit touchée et changée par la ville de Varsovie. Dans un premier temps, elle s’analyse par le biais des appartements qu’elle loue. Leur construction spatiale devient peu à peu une extension de son corps. Ces espaces et leurs objets déterminent ses gestes et son comportement (tout comme, le vendeur de journaux du kiosque, dont l’attitude corporelle est, en partie, définie par la structure même de son kiosque). Se lever au beau milieu de la nuit pour aller aux toilettes (toujours le même chemin parcouru), ouvrir le frigo, prendre une position confortable dans le canapé, ... Tous ses actes sont sources d’expérimentation sur son propre corps. Elle remarque qu’il en va de même à plus grande échelle. La ville agit sur les individus comme la logique inhérente de la ville envahit le quotidien de ses résidents. Si certaines personnes ont l’air d’être « très Varsovienne  » ou alors « nettement New Yorkais », c’est l’effet d’une réelle osmose entre le sujet et la ville. En déménageant dans une autre ville, en général, nous passons par des phases d’irritations et/ou d’enthousiasme (d’une intensité variable). Durant ces périodes, nous rejetons des pratiques, des habitudes locales que nous qualifions de « bizarre » ou « d’incompréhensible ». Nous pouvons aussi les assimiler à un mode de vie en les qualifiant de « confortable » et « incroyable ». Au final, nous arrivons à une certaine stabilité, dans laquelle se sont greffés des morceaux de caractère urbain propre à cette ville. Même si nous restons en désaccord avec la ville, convaincus que nous ne nous plierons jamais aux règles qu’elle promulgue (et que l’on ne se sentira jamais « chez soi »), notre allure, notre code vestimentaire, le choix de nos mots et notre accent presque imperceptible finissent par s’accorder au style de vie local. (traduction - Marie-Charlotte Urena)

Plus d’info :
- site d’Interface

P.-S.

- Exposition du 6 avril au 18 mai 2013 ; entrée libre
- Vernissage le samedi 6 avril 2013 à 11h
- Nuit des musées le samedi 18 mai 2013 jusqu’à 22h
- Ouvert du mercredi au samedi de 14h à 19h & sur rendez-vous ; fermé les 1er, 8 et 9 mai
- Interface, 12 rue Chancelier de l’Hospital 21000 Dijon (bus Divia L6 ou 11 arrêt Saumaise)