Exposition

Suzanne Husky - Des terroirs, des hommes et du temps
Interface

par Siloé PETILLAT

Pour son exposition personnelle à Interface, Suzanne Husky (née en 1975 à Bordeaux et qui vit entre la France et la Californie) a notamment travaillé avec des élèves de BTS Conception Art et Industrie Céramique du Lycée polyvalent Henry Moisand à Longchamp, en Côte-d’Or.

Communiqué de presse :

Plutôt qu’un retour nostalgique des hippies, vus par le prisme d’un optimisme néo-humaniste, Suzanne Husky fait partie d’une génération d’artistes qui cherche à réinventer l’habitat, l’économie locale et les modes de vie nourris par la pensée critique contemporaine. Intéressée par l’agriculture, la place du non-humain et l’histoire de l’iconographie révolutionnaire, elle fabrique une culture visuelle de combat.
Pedro Morais - extrait du texte écrit pour Le Quotidien de l’art, mai 2017

« L’œuvre de Suzanne Husky se joue des apparences : un beau tapis fourni en couleurs et en motifs, une peinture ou une tapisserie aux allures historiques, des vases inspirés de l’art antique, un jardin à la française, classique et bien ordonné. Pourtant, à y regarder de plus près, l’adage est confirmé, les apparences sont largement trompeuses. Entre une formation aux Beaux-arts et des études de paysagisme, entre la France et les États-Unis, l’artiste s’est forgé un point de vue critique qu’elle infuse au cœur de ses œuvres. Il est assez rare de rencontrer une pratique artistique altermondialiste, une pratique qui allie non seulement une intelligence des matériaux, des techniques et des formes, mais aussi une sincérité militante.

Vue de l'exposition de Suzanne Husky "Des terroirs, des hommes et du temps", Interface, 2018

Depuis le début des années 2000, Suzanne Husky donne une manifestation plastique et critique aux problématiques environnementales : la représentation, le traitement, l’exploitation des paysages, des animaux, la mise en lumière de pratiques alternatives, l’agriculture, la déforestation, etc. Ces problématiques mettent en évidence une déconnexion flagrante entre les humains et la nature. Sa réflexion menée sur les différentes formes d’exploitations et de destructions des ressources naturelles, s’accompagne inévitablement de questions connexes liées à l’asservissement, l’autorité, la surveillance, le pouvoir, l’inconscience, le cynisme, la responsabilité, la violence ou encore l’impuissance. À ce regard objectif et informé sur l’état de nos sociétés et de notre environnement global, l’artiste infiltre au fil des œuvres différentes modalités et stratégies de résistances. En ce sens, elle puise les formes, les références ou encore les techniques dans l’imaginaire collectif, de l’histoire de l’art aux cultures populaires, pour en déplacer la portée. Depuis 2013, elle développe deux séries d’œuvres en céramiques (Eglogue, ACAB), des assiettes, des vases et des pots réalisés à partir de terres locales. Ils sont figurés de scènes atypiques : la charge d’un groupe de CRS, la devanture d’un hypermarché, un panneau indiquant la direction d’une zone industrielle, des pancartes de manifestations réclamant l’arrêt de l’extraction du gaz de schiste ou le refus des fermes usines. Les scènes traditionnellement bucoliques et décoratives sont remplacées par des images ayant trait à nos quotidiens, à ce que nous voyons et à ce qui nous échappe. En 2015, elle réalise un tapis illustré (Euro War Rug) figurant l’occupation des zadistes (ZAD, Zones à défendre), leurs installations, leurs affrontements avec les CRS, leurs arrestations. De même, la tapisserie intitulée La Noble Pastorale (2016-2017) s’inspire du célèbre ensemble de tapisseries dont est issue La Dame à la Licorne (1484-1538). Les allégories font ici place à une scène réelle : un écoactiviste tente de stopper une abatteuse (machine utilisée pour abattre les arbres). La scène pastorale est augmentée d’une réflexion critique portant sur les enjeux économiques des politiques néolibérales. Les œuvres soulignent un rapport biaisé avec la nature qui est trop souvent réduite à une source de profits, une image d’Épinal ou à un joli décor posté sur instagram. L’écart qui existe entre les images et la réalité est pourtant assourdissant.

Suzanne Husky, J'optimisme, 2018, faïence

Suzanne Husky agite une conscience collective quant à nos pratiques quotidiennes, nos besoins, nos perceptions tronquées d’une situation dont nous sommes les acteur.trice.s. Manger un steak de bœuf, boire un soda, acheter un bouquet de fleurs coupées, fumer une cigarette, acheter un tee-shirt, conduire une voiture, etc. D’où provient la viande ? D’où vient le sucre ? Comment sont recyclés nos déchets ? Comment et où ont été cultivées les fleurs ? Par qui ? Dans quelles conditions ? Quelles sont les origines et les conséquences de nos besoins quotidiens ? À l’heure de l’actuelle mise en place du CETA, de la toute-puissance des lobbies industriels, l’artiste invite à une réflexion collective sur les moyens d’actions, d’alternatives, de refus et de résistance. Les œuvres portent ainsi un engagement trop inhabituel dans l’art actuel, un engagement ayant une prise sur le réel qui n’est définitivement pas fantasmé, édulcoré ou camouflé. »

Julie Crenn

Suzanne Husky, ... et vos envies prennent vie !, 2018, faïence

Plus d’info :
- site d’Interface
- site de l’artiste

Légende du visuel en vignette : Suzanne Husky, Va donc chez Speedy, 2018, faïence

P.-S.

- Exposition du 26 mai au 13 juillet 2018 ; entrée libre
- Vernissage le vendredi 25 mai à partir de 18h
- Exposition ouverte de 14h à 19h du mercredi au samedi et sur rendez-vous
- Interface, 12 rue Chancelier de l’Hospital 21000 Dijon (bus Divia L6 ou 11 arrêt Cité Dampierre)